Libye: ultimatum prolongé à Misrata, la France refuse de parler d'enlisement

4 mai 2011 à 8h24 par La rédaction

TRIPOLI (AFP)

Le régime libyen a proposé une prolongation de l'ultimatum fixé aux rebelles de Misrata pour se rendre, plus de six semaines après le début de l'intervention internationale en Libye où la France refuse de parler d'"enlisement" espérant un terme dans quelques mois "au plus".

A Misrata, troisième ville du pays assiégée depuis des semaines et théâtre d'âpres combats entre pro et anti-Kadhafi, la nuit de mardi à mercredi a été calme, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Les combats se sont poursuivis à l'ouest et au sud-ouest de la ville, à plusieurs kilomètres du centre, selon des sources rebelles. Mais les pertes ont été limitées, avec un mort et une trentaine de blessés, contre plus d'une dizaine de morts par jour en moyenne habituellement, selon des sources hospitalières.

Dans la ville, cernée par les chars des forces loyales au dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et dont le port est bloqué depuis plusieurs jours, la pénurie de produits de première nécessité s'aggrave.

Après une journée marquée par un lourd climat d'inquiétude, le régime a annoncé, à l'expiration à minuit d'un ultimatum fixé vendredi aux rebelles de Misrata pour qu'ils se rendent, qu'il songeait à le prolonger "d'un ou deux jours".

Le vice-ministre des Affaires étrangères Khaled Kaïm a estimé qu'il y avait des "signaux positifs au sein de la population" évoquant le chiffre de "400 personnes" ayant déposé les armes.

 Il a par ailleurs précisé que le colonel Kadhafi "se porte très bien" et qu'il avait rencontré "plusieurs responsables tribaux" avant une grande rencontre tribale prévue jeudi et vendredi.

Dans la nuit de mardi à mercredi, trois fortes explosions ont été ressenties dans la capitale Tripoli, où dans la nuit de samedi à dimanche, un fils du colonel Kadhafi, Seif al-Arab (29 ans), avait été tué dans un raid avec trois des petits-enfants du leader.

L'objectif de l'intervention militaire internationale en Libye "n'est pas de tuer Kadhafi" mais de "cibler des objectifs militaires" de Tripoli et d'arrêter au plus tôt les raids de l'Otan, a affirmé le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, tout en reconnaissant un "dommage collatéral" avec la mort d'un fils du président libyen. "J'espère que cela ne durera pas au-delà de quelques semaines, au plus de quelques mois, mais il est prématuré de parler d'enlisement", a-t-il ajouté.

Une coalition internationale -avec la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis en tête- est intervenue en Libye le 19 mars, sous mandant de l'ONU, pour mettre fin à la répression sanglante menée contre une révolte visant le régime autoritaire du colonel Kadhafi.

Rome a indiqué pour sa part "chercher à fixer un terme" aux opérations militaires en Libye.

 L'Italie "cherchera avec les organisations internationales comme l'Otan et avec les alliés à fixer un terme" aux opérations, a indiqué le ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini.

Rome accueille jeudi la deuxième réunion du groupe de contact sur la Libye en présence, entre autres, de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton.

La France pour sa part va proposer "dans les semaines qui viennent" l'organisation d'une "conférence des amis de la Libye" afin de préparer la transition politique dans ce pays, a annoncé le président français Nicolas Sarkozy.

 Cette annonce a été saluée par le Qatar, un des quatre pays avec la France, l'Italie et la Gambie à avoir reconnu l'organe politique des insurgés le Conseil national de transition (CNT), basé à Benghazi (Est).

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno-Ocampo a indiqué disposer de "preuves solides" que des crimes contre l'humanité ont été perpétrés en Libye et précisé que des mandats d'arrêt pourraient prochainement viser cinq personnes. M.Moreno-Ocampo avait annoncé le 3 mars l'ouverture d'une enquête pour crimes contre l'humanité en Libye, visant notamment le colonel Kadhafi et trois de ses fils.

Le procureur a encore ajouté qu'il disposait de preuves de l'utilisation de bombes à fragmentation contre des populations civiles mais aussi d'"informations sur des viols" et, s'agissant des rebelles, d'informations sur des attaques à Benghazi contre des présumés mercenaires à la solde du régime.

A Benghazi, un attentat à la voiture piégée a eu lieu mardi soir, le premier dans le fief des rebelles.Il s'est déroulé près du siège du CNT, et a fait deux blessés légers.