Madagascar: les forces de sécurité opposées au retour de Ravalomanana

Par La rédaction

ANTANANARIVO (AFP)

L'armée, la gendarmerie et la police malgaches sont opposées "dans l'immédiat" au retour dans le pays de l'ex-président Marc Ravalomanana, aujourd'hui en exil, ont annoncé à la presse les commandants des trois corps de sécurité.

"Les forces de l'ordres malgaches composées de l'armée, de la gendarmerie nationale et de la police nationale (...) s'opposent fermement au retour dans l'immédiat de l'ancien président Marc Ravalomanana pour préserver l'ordre et la sécurité publique", ont-ils déclaré devant la presse dans la caserne abritant le commandement de la gendarmerie à Antananarivo.

"Les forces de l'ordre expriment leur détermination à prendre toutes les dispositions nécessaires dans la mise en oeuvre de la présente déclaration", ont ajouté les trois hauts gradés.

Il s'agit du chef d'état-major général des armées, le général de brigade André Ndriarijaona, du commandant de la gendarmerie, le général de brigade Jean Bruno Razafindrakoto et du directeur général de la police nationale, le contrôleur général Désiré Ranaivoson.

Les trois responsables s'affirment "profondément préoccupés par les risques et menaces réelles de troubles et d'affrontements que peuvent causer le retour de l'ancien président Marc Ravalomanana à Madagascar".Ils soulignent également "le retour progressif à la normale de la vie de la Nation depuis le début de l'année 2011".

Cette prise de position fait directement référence aux conclusions du sommet de la Communauté de développement d'Afrique Australe (SADC) du 12 juin en Afrique du Sud, qui a demandé au régime actuellement en place à Madagascar de permettre le retour des réfugiés politiques, "y compris M. Marc Ravalomanana".

Les dirigeants d'Afrique Australe ont approuvé dimanche la feuille de route "qui doit ramener Madagascar à l'ordre constitutionnel": ce document, présenté par une équipe de médiation de la SADC, prévoit que l'actuel homme fort de l'île, Andry Rajoelina, reste au pouvoir jusqu'à l'organisation d'élections générales, et l'autorise à être candidat à la présidentielle.

Mais alors que la première version du texte interdisait de facto à son principal rival, M. Ravalomanana --en exil en Afrique du Sud--, de rentrer dans son pays dans le climat actuel, les leaders de la SADC préconisent désormais ce retour.

De son côté, M. Rajoelina, s'adressant mardi à la presse, a feint d'ignorer la recommandation de la SADC, affirmant que M. Ravalomanana serait autorisé à regagner le pays quand les conditions sécuritaires le permettraient.

"La feuille de route stipule clairement que Marc Ravalomanana peut rentrer au pays au moment propice, dans des conditions sécuritaires favorables", a-t-il déclaré.

"S'il revient au pays, des affaires en justice l'attendent", a-t-il toutefois ajouté.L'ex-président avait été notamment condamné par contumace en août 2010 aux travaux forcés à perpétuité, pour son rôle dans la tuerie du 7 février 2009.

La garde présidentielle avait alors tiré sans sommation sur une foule qui se dirigeait vers le palais abritant les bureaux du président Ravalomanana, dans le centre de la capitale, faisant 36 morts et plus d'une centaine de blessés.

"La transition continue de mettre en oeuvre sans conditions la feuille de route proposée par la SADC", a insisté M. Rajoelina mardi.

Madagascar est engluée dans une crise politique et économique grave depuis le renversement en mars 2009 du président Marc Ravalomanana par le maire de la capitale, Andry Rajoelina, avec le soutien de l'armée.