Madagascar: une présidentielle pour tenter de sortir le pays de l'ornière

Par La rédaction

Antananarivo (AFP)

Les Malgaches voteront vendredi pour le premier tour d'une élection présidentielle au résultat incertain, qui tourne apparemment à l'affrontement entre deux candidats respectivement soutenus par l'ancien président Marc Ravalomanana et de son rival Andry Rajoelina, tous deux interdits de scrutin.

La "faradoboka" (dernière ligne droite) a été marquée mercredi soir par une allocution télévisée, diffusée sur de nombreuses chaînes, du candidat Hery Rajaonarimampianina, ancien ministre des Finances, et partisan déclaré d'Andry Rajoelina (au pouvoir depuis 2009 après avoir évincé le président Ravalomanana). 

Jeudi matin, les 33 candidats en lice ont coupé les micros, la campagne électorale s'étant officiellement achevée à 06H00 (03H00 GMT). 

La démonstration spectaculaire de M. Rajaonarimampianina a achevé de convaincre les plus sceptiques qu'il est bien le candidat de l'actuel homme fort de la Grande Ile, Andry Rajoelina. 

Ce dernier n'a officiellement adoubé personne parmi les trois candidats directement issus de son parti TGV, mais son entourage a activement soutenu M. Rajaonarimampianina.Andry Rajoelina doit s'adresser au peuple malgache jeudi soir à 20H00 (17H00 GMT).

Hery Rajaonarimampianina a promis, s'il est élu, de mettre fin aux délestages d'électricité dans les six mois et de renégocier les contrats miniers avec les compagnies internationales."Pour les projets à venir, on devrait revoir les textes régissant ce secteur", a-t-il précisé.

Le candidat du pouvoir avait auparavant tenu un grand meeting festif dans le stade des cheminots d'Antananarivo."Hery (Rajaonarimampianina) doit continuer, réaliser ce qu'on avait espéré en 2009", a expliqué sur place Tiana Rabarison, un partisan qui se décrit comme un "citoyen lambda".

Pour lui, la profonde crise économique et sociale dans laquelle est plongée la Grande Ile --où 9 habitants sur 10 vivent avec moins de 2 dollars par jour-- depuis le renversement de M. Ravalomanana n'est pas due à une éventuelle incurie de l'équipe Rajoelina mais parce que l'actuelle autorité de transition malgache est une fragile coalition de consensus, ce qui est "un facteur de blocage".

Cinq ou six candidats "sérieux"

A quelques kilomètres de là, Robinson Jean Louis, le candidat de Marc Ravalomanana (au pouvoir de mai 2002 jusqu'à son renversement en mars 2009), tenait aussi son dernier meeting. Il était accompagné de Lalao, l'épouse de l'ancien président exilé en Afrique du Sud.

"Nous avons montré que le peuple malgache veut un changement.Les électeurs du pays veulent se distancer de la corruption, d'une mauvaise gouvernance et de l'échec.L'impact de nos rassemblements a montré que nos idées sont soutenues par la population", a lancé M. Jean Louis, un médecin, à une foule en délire.

Pour l'analyste Jean Eric Rakotoarisoa, "les électeurs vont choisir entre cinq ou six candidats sérieux maintenant"."Finalement il n'y a qu'une dizaine de candidats qui ont fait réellement campagne, ceux qui sont totalement absents sont pratiquement éliminés de la course".

"Je crois qu'on peut avancer vers un processus électoral pacifique, mais tout dépendra du degré de responsabilité des candidats.Il faudra qu'ils apprennent à respecter le verdict des urnes", juge-t-il.L'élection de Marc Ravalomanana, en décembre 2001, avait été contestée par le sortant Didier Ratsiraka (président en 1975-1993 et 1997-2002), ce qui avait provoqué plusieurs mois de blocage.

Et alors que la population , instruite par l'histoire récente du pays, s'inquiète de possibles coups de force dans Antananarivo, les forces de l'ordre ont fait savoir qu'elles étaient prêtes à toute éventualité.

"Une occasion rare"

"On va renforcer nos effectifs partout, avec des éléments mixtes, police, gendarmes et militaires.On prend seulement des précautions", a indiqué à l'AFP le général Guy Bobin Randriamaro, numéro deux de la gendarmerie nationale.

La situation était très calme dans la capitale jeudi.

"Nous exhortons le peuple malgache à sortir en nombre afin d'exercer (son) droit démocratique de librement et pacifiquement voter pour le leader de leur choix", a de son côté déclaré jeudi l'ancien président mozambicain Joaquim Chissano, qui a dirigé les efforts de médiation de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) depuis les événements de 2009.

"Il s'agit d'une occasion rare qui ne peut être laissée au hasard", a souligné M. Chissano.

Les Malgaches sont appelés aux urnes de 06H00 à 17H00 (03H00 à 14H00 GMT) vendredi, les bureaux de vote pouvant éventuellement rester ouvert plus longtemps en cas d'affluence.Les premières tendances sont attendues dans la nuit de vendredi à samedi.