Malawi: l'assassin d'un albinos condamné à mort

4 mai 2019 à 17h37 par AFP

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La Haute Cour du Malawi a condamné à la peine capitale un homme reconnu coupable de l'assassinat d'un albinos en 2017, un jugement sans précédent dans ce pays où les albinos sont victimes de violences.

"Il a été répété que la peine de mort serait parfois inévitable compte tenu des circonstances et qu'elle devait être réservée à ces occasions", a déclaré le juge Maclean Kamwambe vendredi à Thyolo, un district du sud du pays où l'assassinat a été commis. Mphatso Pensulo, un albinos de 19 ans, y avait été tué par Willard Mikaele, âgé de 28 ans au moment des faits.Ce dernier "avait planifié de tuer un albinos afin de s'enrichir rapidement, comme le lui avait suggéré un herboriste", a expliqué le juge.La peine de mort n'a pas été appliquée depuis 1994 au Malawi, où les condamnations à mort sont commuées en peine de prison à perpétuité.Le verdict rendu vendredi laisse penser qu'il y a "une prise de conscience" de la part des autorités malawites de "la terrible folie criminelle" dont sont victimes les albinos dans ce pays, a réagi auprès de l'AFP samedi une experte des Nations unies sur l'albinisme, Ikponwosa Ero, tout en se disant fermement opposée à la peine capitale. Chaque année au Malawi, des dizaines d'albinos sont pourchassés, tués et amputés de leurs membres, qui sont ensuite utilisés pour des rituels censés apporter richesse et chance.Les albinos souffrent d'une absence de pigmentation de la peau, du système pileux et de l'iris des yeux.L'Association des personnes albinos (Apam) du Malawi a fait état depuis 2014 d'au moins 148 cas de violences dirigées contre cette communauté, dont 21 meurtres.Moins d'un tiers de ces dossiers ont fait l'objet d'une enquête judiciaire qui, selon l'Apam, s'est conclue dans 90% des cas par un non-lieu ou un acquittement.Sous pression de la société civile qui l'accuse d'inaction, le président du Malawi Peter Mutharika a nommé en mars une commission d'enquête pour élucider une récente vague d'attaques meurtrières visant des personnes albinos du pays.Il briguera cette année un deuxième et dernier mandat à la présidentielle du 21 mai.