Malawi: les autorités refusent des funérailles collectives aux victimes des émeutes

Par La rédaction

BLANTYRE (Malawi) (AFP) - (AFP)

Les autorités du Malawi ont interdit vendredi à l'opposition d'organiser des funérailles collectives pour sept des victimes des émeutes anti-gouvernementales de mercredi, alors que l'armée restait déployée dans les grandes villes pour prévenir de nouvelles violences.

Les brutalités policières et les tirs à balles réelles, qui ont fait 18 morts selon un bilan officiel, ont suscité une large réprobation de la communauté internationale, notamment de l'Union Européenne et des Etats-Unis.

"Le gouvernement nous a interdit d'organiser comme nous l'avions décidé les funérailles de sept héros", a déclaré à l'AFP par téléphone Moses Mkandawire, directeur de l'organisation Eglise et Société, depuis la ville de Mzuzu (nord).

Mzuzu est la ville où le bilan des émeutes est le plus lourd.Neuf personnes y ont été tuées par les tirs de la police lorsque la manifestation, convoquée par l'opposition pour dénoncer la mauvaise gouvernance et la dérive autocratique du président Bingu wa Mutharika, a tourné à l'émeute et au pillage de magasins.

Des scènes similaires se sont produites dans plusieurs grandes villes, dont la capitale Lilongwe.

"Le gouvernement nous a fait savoir qu'il fournirait des transports pour que les sept puissent être enterrés dans leurs villages respectifs", a ajouté M. Mkandawire.

Les sept tombes avaient déjà été creusées au cimetière de la ville, et la foule avait commencé à se rassembler devant la morgue pour accompagner les corps vers leur dernière demeure.

Dans le monde, plusieurs pays ont fait part de leur émotion.A Bruxelles, la chef de la diplomatie de l'Union européenne Catherine Ashton a "fermement condamné le recours à la force et aux munitions réelles par les autorités du Malawi pour empêcher leurs propres citoyens d'exercer leur droit constitutionnel de manifester pacifiquement".

Aux Etats-Unis, le département d'Etat a condamné le recours à la force et averti le président Bingu wa Mutharika que les actions du gouvernement minaient la démocratie."Au vu des émeutes et des rumeurs de représailles, nous appelons les deux parties à la retenue.Nous appelons les citoyens et le gouvernement du Malawi à respecter les principes démocratiques et à exprimer leurs désaccords pacifiquement", a déclaré Heide Bronke Fulton, une porte-parole du département d'Etat.

Les Etats-Unis ont signé en avril un accord avec le Malawi pour lui fournir 350 millions de dollars d'aide.Le département d'Etat a rappelé que M. Mutharika s'était engagé au moment de la signature de cet accord "à respecter la démocratie et la bonne gouvernance, la liberté d'expression et la liberté d'association".

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon s'est dit pour sa part "attristé par les pertes en vies humaines et (a réitéré son) appel pour que tous les antagonismes soient résolus par des moyens pacifiques".

Vendredi, la police a annoncé que 275 personnes au total avaient été arrêtées.Plus de 200 personnes à Lilongwe, la capitale, 30 à Blantyre, la capitale économique, et 45 à Zomba, l'ancienne capitale coloniale proche de Blantyre, a détaillé un porte-parole de la police, Davie Chingwalu.

Selon cette source, les personnes interpellées sont toutes de "purs délinquants" ayant participé aux saccages et sont poursuivis pour atteinte à la propriété, incendie criminel et conduite incompatible avec la paix publique.