Mali: affrontements entre militaires et islamistes au centre du pays

Par La rédaction

BAMAKO (AFP) - (AFP)

Des militaires maliens affrontaient dans la nuit de mercredi à jeudi à l'arme lourde des islamistes dans la région de Mopti (centre), dans une zone proche de la ligne de partition du pays où, selon l'armée, une tentative d'attaque avait été repoussée en début de semaine.

D'après une source militaire et un habitant joints par l'AFP, les combats se déroulaient entre Konna (environ 70 km au nord de Mopti), sous contrôle gouvernemental, et Douentza (145 km au nord-est de Mopti), sous contrôle des islamistes.

"Nous sommes en combat, il n'y a rien à dire", a lâché un responsable militaire sur le terrain.Un officier supérieur a indiqué que les affrontements se poursuivaient dans la nuit de mercredi à jeudi."Nous sommes en bonne position", a-t-il dit.

Aucune source n'a pu être jointe par l'AFP au sein des groupes islamistes armés Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) et Ansar Dine.Depuis neuf mois que ces mouvements ont pris le contrôle du Nord, c'est la première fois qu'ils affrontent sur le terrain l'armée malienne.

Le Burkina Faso, médiateur régional dans la crise malienne, a appelé à la retenue par la voix de son chef de la diplomatie, Djibrill Bassolé, qui a été reçu à Bamako par les autorités.

"Nous sommes préoccupés par la situation au Nord où il nous a été signalé des mouvements de troupes.Nous lançons un appel à toutes les parties pour qu'elles se retiennent", a déclaré M. Bassolé.

Mopti est la dernière capitale régionale avant les territoires sous contrôle des islamistes.Entre Konna et Mopti se trouve la localité de Sévaré (moins de 15 km de Mopti), où l'armée dispose d'un poste de commandement opérationnel.

Selon un militaire malien, des hommes et des armes ont été envoyés à Mopti dans la nuit de mardi à mercredi, et des témoins ont vu une partie de ces renforts se rendre à Sévaré.

Dans la journée de mercredi, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté à Bamako et Kati (15 km à l'ouest) pour réclamer notamment la libération du Nord.

Des élèves et étudiants ayant été impliqués dans les manifestations, qui ont été marquées par des violences, le gouvernement a décidé de fermer tous les établissements d'enseignement dans ces deux villes.

Le ministère de la Sécurité intérieure a fait état d'un blessé admis à l'hôpital et de l'interpellation de six individus armés qui avaient profité des manifestations pour mal agir.

"Une question de jours" Ces développement se sont produit moins de deux jours après une tentative d'attaque des islamistes, qui a été repoussée lundi vers Konna selon l'armée.

Le gouvernement malien, Ansar Dine et les rebelles touareg -évincés du Nord par leurs ex-alliés islamistes- devaient tenir jeudi des discussions directes à Ouagadougou mais ces pourparlers ont été reportés à la demande des différentes parties pour leur donner "plus de temps pour se préparer", selon le Burkina Faso.

Tous "sont d'accord pour se retrouver autour de la table de négociations, ce n'est qu'une question de jours", a assuré M. Bassolé à Bamako.

Sous la pression du Burkina Faso et de l'Algérie, Ansar Dine s'était engagé à prendre ses distances avec Aqmi et le Mujao, à dialoguer avec Bamako et a offert une trêve.Le 3 janvier, il est revenu sur l'offre, sans fermer la porte à de nouvelles discussions.

Le président en exercice de l'Union africaine (UA), le Béninois Thomas Boni Yayi, avait appelé l'Otan à déployer des forces aux côtés des troupes africaines devant aller au Mali sous mandat de l'ONU."Il n'y a ni demande, ni discussion sur un possible rôle pour l'Otan au Mali", a réagi mercredi un responsable de l'OTAN à Bruxelles.

Des préparatifs sont en cours pour le déploiement d'une force internationale au Mali, approuvé par l'ONU le 20 décembre et prévu par étapes, sans calendrier précisé.

Le 31 décembre, le président Dioncounda Traoré avait affirmé que le Mali se préparait à "la guerre contre les terroristes (...) plus tôt qu'on ne le pense".

En novembre, Romani Prodi, l'émissaire de l'ONU pour le Sahel, avait estimé une intervention impossible avant septembre 2013.

M. Prodi est attendu jeudi à Bamako, où il a été précédée mercredi par la responsable d'ONU Femmes, Michelle Bachelet, qui y a plaidé pour l'implication des femmes dans la recherche de la paix au Mali.