Mali: le Premier ministre tend la main à une opposition toujours défiante

28 juillet 2020 à 15h44 par AFP

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Le Premier ministre malien Boubou Cissé, à peine arrivé à la tête d'une équipe resserrée, a invité l'opposition à intégrer un prochain gouvernement d'union nationale où elle est "fortement désirée" pour contribuer à résoudre la crise socio-politique qui ébranle le Mali depuis juin.

Mais l'opposition reste jusqu'ici campée sur ses positions et exige "plus que jamais" la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta, dit "IBK", au pouvoir depuis 2013.

Dans un communiqué publié dans la matinée, le Mouvement du 5-juin (M5-RFP), coalition hétéroclite d'opposants politiques, de chefs religieux et de membres de la société civile, a vertement rejeté le plan de sortie de crise adopté lundi lors d'un sommet extraordinaire de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et que le Conseil de sécurité de l'ONU a immédiatement appuyé.

Les dirigeants du M5-RFP ont rencontré dans l'après-midi la figure de proue de la contestation, l'imam Mahmoud Dicko, avant de tenir à huis clos un "comité stratégique".Ils ont reporté "pour des raisons stratégique" à mercredi une conférence de presse prévue dans l'après-midi.

Le Premier ministre Boubou Cissé a pour sa part présidé le premier conseil des ministres de son nouveau "gouvernement restreint" constitué lundi soir autour de six ministères régaliens (Défense, Justice,...).

Sa première tâche est d'"aller très rapidement vers la mise en place d'un gouvernement d'union nationale", élément central du plan de la Cédéao, a-t-il dit à sa sortie du conseil.

"Je voudrais en profiter pour lancer un appel, un appel sincère à nos soeurs et à nos frères du M5-RFP et d'autres regroupements" pour qu'ils entrent dans ce gouvernement, a-t-il affirmé devant la presse. 

"Ils sont attendus et même fortement désirés en ce prochain attelage gouvernemental qui doit être mis en place incessamment", a insisté M. Cissé, en espérant que son ouverture sera "non seulement entendue, mais acceptée".

- 'Union sacrée' -

Lors de leur sommet virtuel lundi, les 15 dirigeants ouest-africains avaient lancé un appel solennel à l'"union sacrée" des Maliens et fait des "recommandations" pour un retour à la normale, menaçant de sanctions les récalcitrants.

Ils ont dit craindre une répétition du scénario de 2012, quand un coup d'Etat avait favorisé la prise de contrôle du nord du pays par des groupes jihadistes, qui auraient pu étendre leur mainmise sur l'ensemble du Mali sans une intervention internationale à l'initiative de la France, qui se poursuit.

Les violences jihadistes, souvent entremêlées à des conflits communautaires et du banditisme, se poursuivent et se sont même étendues depuis 2015 au centre du Mali et aux pays voisins, Burkina Faso et Niger.

Dans son communiqué, le Mouvement du 5-juin a dit avoir "appris avec étonnement" les recommandations de la Cédéao, qui "continue de ramener la crise sociopolitique au Mali à un simple contentieux électoral du deuxième tour du scrutin législatif" de mars-avril. 

Le mouvement "constate, avec regret", que ces propositions "ne tiennent pas compte de la profondeur et de la gravité de la crise" et des attentes de la population.

- 'Syndicat de présidents' -

"La Cédéao ne peut rien imposer au Mali, encore moins sanctionner les responsables du M5-RFP", a réagi mardi un étudiant de l'université de Bamako, Yaya Ouattara.

"On pensait qu'ils avaient arrêté d'être un syndicat de présidents, mais la surprise fut grande quand ils ont ignoré les vrais problèmes des Maliens", a-t-il regretté.

"Les solutions de la Cédéao peuvent être appliquées, à condition que le président IBK organise un dialogue préalable.Il faut qu'on se parle ici et maintenant", estimait pour sa part Awa Diallo, gérante d'une boulangerie de la capitale.

Au climat d'exaspération nourri par des années d'instabilité sécuritaire dans le centre et le nord du Mali, le marasme économique ou une corruption jugée endémique est venue s'ajouter l'invalidation par la Cour constitutionnelle d'une trentaine de résultats des dernières législatives.

Le 10 juillet, la troisième grande manifestation contre le pouvoir avait dégénéré en trois jours de troubles meurtriers à Bamako, les pires dans la capitale depuis 2012, qui ont fait entre onze et 23 morts.

- 'Sanctionner IBK' -

Pour sortir de l'impasse, la Cédéao a réclamé la "démission immédiate des 31 députés" contestés, une "recomposition rapide de la Cour constitutionnelle" et la formation d'un "gouvernement d'union nationale" incluant l'opposition, tout en excluant un départ forcé du président Keïta.

Ces propositions, estime toutefois le M5, "reposent sur des approximations très improbables telles que la démission hypothétique de députés" ou "l'injonction" de nommer "aux forceps" une nouvelle Cour constitutionnelle.

L'organisation régionale, selon ses propres règles, devrait plutôt sanctionner la "mauvaise gouvernance" du président Keïta, estime l'opposition, en dénonçant la "protection dont ses pairs semblent le couvrir".