Mali: libération des agents électoraux enlevés près de Kidal

Par La rédaction

Bamako (AFP)

Les six personnes, dont cinq agents électoraux, enlevées dans la région de Kidal (nord-est du Mali) par des hommes armés ont été relâchés, mais les préoccupations sécuritaires demeuraient vives dimanche dans cette zone à une semaine d'une présidentielle cruciale pour le pays.

Nouvel élément inquiétant: une bombe de fabrication artisanale a été découverte en plein centre-ville de Kidal dimanche matin.Les lieux se sont vidés de leurs occupants et des dispositions étaient prises pour désamorcer l'engin, a indiqué à l'AFP une source administrative sur place.

Selon un responsable au gouvernorat de Kidal, chef-lieu de région, les enlèvements avaient été perpétrés par des hommes armés samedi dans la localité de Tessalit, au nord de Kidal.Il y a eu six otages au total: cinq agents électoraux et un élu local.

"Toutes les personnes enlevées samedi à Tessalit ont été libérés, elles se portent bien", a-t-il déclaré dimanche à l'AFP.

"C'est Baye Ag Diknane, un responsable du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad, MNLA), qui a commandité le coup.Il est actuellement entendu par les forces internationales à Tessalit.Il est arrêté", a-t-il ajouté.

Une source militaire africaine jointe à Kidal a confirmé la libération des otages.Citant le témoignage de l'un d'eux, elle a indiqué que lors de l'enlèvement, les ravisseurs ont utilisé "un véhicule avec drapeau du MNLA".

Les rapts n'ont pas été revendiqués mais, dès samedi, une source administrative à Kidal et une source au ministère de la Sécurité avaient accusé des membres du MNLA d'en être les auteurs.

Le Mali n'est pas "complètement stabilisé"

Le MNLA avait pris le contrôle de Kidal en février 2013, à la faveur de l'intervention de l'armée française en janvier 2013 qui avait permis de chasser ses anciens alliés jihadistes ayant occupé le nord du Mali pendant près de dix mois.

Les rebelles touareg ont longtemps refusé la présence de l'armée et de l'Administration maliennes à Kidal.Jusqu'à la signature, le 18 juin à Ouagadougou, d'un accord avec le gouvernement malien qui a permis le cantonnement dans la ville des hommes du MNLA en parallèle avec l'arrivée, le 5 juillet, de 150 soldats maliens, suivi d'un retour de l'Administration.

Les enlèvements se sont produits au lendemain de violences dans la ville de Kidal entre Touareg et Noirs ayant fait entre les 18 et 19 juillet quatre morts et plusieurs blessés, selon le gouvernement malien.Des boutiques ont été pillées et saccagées, le marché de la ville a été incendié.

Depuis samedi, le calme régnait dans la ville, où ont patrouillé des soldats de l'ONU et de l'armée malienne, selon des résidents.Mais l'inquiétude est montée d'un cran avec la découverte de la bombe artisanale, qui a créé un mouvement de panique, d'après des témoins.

Ces derniers développements font planer le doute sur la possibilité d'organiser la présidentielle à Kidal.
Un des 28 candidats dont les dossiers ont été validés, Tiébilé Dramé, a annoncé le 17 juillet son retrait de la course en dénonçant les conditions de préparation du scrutin, particulièrement à Kidal.

Mais les principaux candidats continuaient de battre campagne.Parmi eux, figurent l'ex-Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta, surnommé IBK d'après ses initiales, et l'ex-ministre et ex-haut fonctionnaire ouest-africain Soumaïla Cissé, donnés favoris.

Lors d'un meeting samedi à Bamako, M. Cissé a affirmé avoir "de grandes inquiétudes sur des risques de fraudes généralisées" au scrutin, et avoir saisi l'ONU.

Dans d'autres milieux, s'expriment des préoccupations sécuritaires pour le Mali, pays de 1.240.000 km2 éprouvé par 18 mois de crise politique et une guerre contre les jihadistes menée avec l'appui déterminant de la France et son opération Serval, ainsi que d'autres troupes étrangères.

En dépit d'une "dynamique de succès militaires répétés", le Mali n'est pas "complètement stabilisé", a estimé le général Grégoire de Saint-Quentin, qui va prendre la direction des forces spéciales françaises après avoir mené l'opération Serval au Mali.

"Pour ses deux tiers, il a été pendant un an sous la coupe des groupes terroristes qui ont mis à bas toutes les structures administratives et sécuritaires, comme la gendarmerie et la garde nationale.L'armée malienne a été défaite et ses matériels ont été détruits.Il faut du temps pour reconstruire tout cela dans un pays aussi vaste", a-t-il dit à l'hebdomadaire français Journal du Dimanche.