Maroc: incarcéré, l'historien Maâti Monjib porte plainte à Paris pour détention arbitraire (avocats)

Par AFP

AFRICA RADIO

L'historien et opposant Maâti Monjib, incarcéré au Maroc depuis trois mois et en grève de la faim, a porté plainte jeudi à Paris pour harcèlement moral, mise en danger de la vie d'autrui et détention arbitraire, ont annoncé ses avocats français à l'AFP.

L'intellectuel franco-marocain, militant des droits humains, est détenu depuis son arrestation le 29 décembre dans le cadre d'une enquête pour "blanchiment de capitaux", des faits qu'il conteste.M. Monjib étant citoyen français, ses avocats en France, Mes Vincent Brengarth et William Bourdon, ont saisi le doyen des juges d'instruction du tribunal de Paris d'une plainte avec constitution de partie civile, notamment pour "atteinte à la liberté individuelle par des personnes exerçant une fonction publique", ce qui correspond en droit pénal français à la détention arbitraire.M. Monjib, 60 ans, "est l'une des voix critiques les plus emblématiques du régime marocain, dénonçant notamment la mainmise des services de sécurité sur la vie politique, qui s'apparente à une vraie police politique", écrivent ses avocats dans un communiqué à l'AFP."Eu égard à ce qui précède et aux violations caricaturales de ses droits fondamentaux, il est évident que les procédures le concernant revêtent un caractère manifestement politique" et "arbitraire", poursuivent-ils.L'historien et journaliste a par ailleurs été condamné le 27 janvier dans une autre affaire, "hors sa présence puisque ni lui, ni ses avocats, n'avaient été convoqués", dénonce encore sa défense.Dans ce dossier, M. Monjib a été condamné pour "fraude" et "atteinte à la sécurité de l'Etat" au terme d'une enquête ouverte en 2015. Celle-ci concernait des accusations de malversations dans la gestion d'un centre qu'il avait créé pour promouvoir notamment le journalisme d'investigation.Les autorités judiciaires marocaines affirment qu'il a bénéficié d'un "procès équitable".Maâti Monjib souffre de troubles cardiaques et de diabète, problèmes médicaux qu'il avait lui-même évoqués sur sa page Facebook en annonçant en novembre qu'il avait été contaminé par le coronavirus.Dans des communiqués distincts, ses comités de soutien au Maroc et en France ont exprimé mercredi leur inquiétude sur son état de santé, M. Monjib ayant entamé une grève de la faim le 4 mars dans sa prison d'El Arjat, près de Rabat."Mes écrits critiques à l'égard du système politique et de la police et mes activités en faveur des droits humains" sont à l'origine de "ma persécution", affirmait-il dans un message diffusé le 6 mars par ses soutiens.