Maroc: un journaliste arrêté pour la diffusion d'un message d'Aqmi

17 septembre 2013 à 10h19 par La rédaction

Rabat (AFP)

Un journaliste marocain a été interpellé mardi à Rabat à la suite de la diffusion sur un site d'informations, Lakome, d'une vidéo d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) incitant "à commettre des actes terroristes" dans le royaume, selon la rédaction de ce média.

Ali Anouzla a été arrêté dans la matinée, "sur ordre du parquet général", dans les bureaux de la publication et les unités centrales des ordinateurs ont été saisies, ont indiqué à l'AFP plusieurs journalistes de Lakome, en affirmant qu'il est le directeur de la version arabophone du site.

Auparavant, le procureur général du roi avait annoncé dans un communiqué qu'un mandat d'arrêt avait été lancé à l'encontre du "responsable" de Lakome "suite à la diffusion par le journal électronique d'une vidéo attribuée à Aqmi, comprenant un appel clair et une incitation directe à commettre des actes terroristes" au Maroc.

"Les procédures judiciaires adéquates seront appliquées à la lumière des résultats de l'investigation", était-il précisé.

La vidéo en question, diffusée la semaine dernière par Aqmi, est intitulée "Maroc: le royaume de la corruption et du despotisme" selon Lakome, un site indépendant qui dispose de deux versions, en arabe et en français.

Cette vidéo, qui appelle au jihad et fustige la monarchie marocaine, a depuis été supprimée par Youtube pour non-respect des règles en matière de "violence".

"Cette décision du parquet surprend à plus d'un titre.Dans les deux cas, Lakome arabophone et francophone ont précisé dès le départ qu'il s'agit d'une vidéo de propagande et ne prennent à aucun moment partie pour les terroristes d'Aqmi", a réagi la publication sur son site internet, en confirmant l'arrestation de M. Anouzla.

"Par ailleurs, le fait même de diffuser une vidéo d'Aqmi est une pratique constatée dans les médias internationaux", a poursuivi Lakome, citant le cas de médias français.

Contacté par l'AFP, un autre responsable du site, Aboubakr Jamaï, a de son côté fait valoir que la version arabophone n'avait fait que "renvoyer vers un lien" pour voir la vidéo, dans le cadre d'un article qui lui était consacré.

"Pour la version francophone, c'est moi le directeur de la publication, et, sans vouloir jouer les maximalistes de la liberté d'expression, j'assume d'avoir choisi de publier la vidéo", a enchaîné M. Jamaï, qui se trouve à l'étranger.

La décision de Lakome de se faire l'écho du message d'Aqmi a été vivement critiquée lundi par le quotidien L'Opinion.

"Il faut être fou à lier ou chercher sciemment à se faire embastiller pour commettre une telle bavure", a estimé en Une le journal, selon qui "un média grand public ne peut se permettre de reproduire des appels au terrorisme".

Le Maroc a été la cible de plusieurs attentats ces dix dernières années, dont ceux de Casablanca, en mai 2003.Perpétrés par 12 kamikazes originaires d'un bidonville de la capitale économique, ils avaient fait 33 morts.

Les autorités annoncent régulièrement le démantèlement de "cellules terroristes", pour la plupart liées à Al-Qaïda.