Marrakech: Al Qaïda soupçonnée, la police établit un portrait

29 avril 2011 à 15h58 par La rédaction

MARRAKECH (Maroc) (AFP)

 Le Maroc soupçonnait notamment des émules d'Al Qaïda dans l'attentat jeudi à Marrakech qui a fait 15 tués, dont six Français, et la police disposait vendredi d'un portrait-robot d'un possible auteur.

L'attentat a été provoqué par un engin explosif déclenché à distance, a indiqué le ministre de l'Intérieur Taïeb Cherkaoui au parlement vendredi.

Dans la grande ville touristique du royaume chérifien, l'émotion était forte au lendemain de cette attaque la plus meurtrière depuis les attentats islamistes de mai 2003 à Casablanca, mais les visiteurs étrangers n'ont pas cédé à la panique.

"Toutes les pistes sont à explorer, y compris celle d'Al-Qaïda, et les investigations continuent", a déclaré Khalid Naciri, ministre marocain de la Communication et porte-parole du gouvernement.

blesséesSelon les derniers bilans officiels, 15 personnes ont été  tuées--dont 11 étrangers-- et une vingtaine  dans l'explosion qui a soufflé le café Argana, sur la place Jamâa El-Fna, haut lieu du tourisme à Marrakech, à 350 km au sud de Rabat.

Paris a confirmé qu'au moins six Français étaient au nombre des tués, et au moins sept parmi les blessés.Les autorités françaises ont également envoyé au Maroc une équipe de huit policiers pour participer à l'enquête.

L'organisation policière internationale Interpol a offert son aide pour participer à l'identification des victimes.

Les autorités marocaines et françaises avaient immédiatement dénoncé un acte "terroriste", dans ce pays d'Afrique du Nord voisin de la région du Sahara où est très active l'organisation Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui s'en est déjà pris aux intérêts français.

Aqmi détient notamment quatre otages français enlevés au Niger en 2010, et a exigé le départ des troupes françaises engagées dans des opérations de l'Otan contre les Talibans et les partisans d'Oussama ben Laden en Afghanistan.

L'attentat n'a pas été revendiqué, et les enquêteurs ont procédé à des interrogatoires de témoins notamment deux touristes néerlandais qui ont décrit un homme suspect qu'ils ont croisé dans le café Argana.

Les témoignages de M. John Van Leeuwen et Mme Marjolein Appel ont permis d'établir un portrait-robot, et les deux touristes ont été conduits à la morgue mais n'y ont pas reconnu parmi les victimes l'homme croisé dans le café.

Selon des déclarations faites à l'AFP par M. Van Leeuwen, il s'agit d'un Arabe jeune, bien rasé et aux cheveux longs.Il était habillé à l'occidentale, écoutait de la musique sur un lecteur MP3, et avait déposé à côté de lui un gros sac à dos et un sac de sport.

"J'ai demandé aux enquêteurs ce matin: +est-ce que vous pensez que c'est lui?+ et ils m'ont dit oui", a indiqué vendredi M. Van Leeuwen."Ils pensent qu'il a quitté le café, puisqu'il n'était pas parmi les morts".

Le roi Mohammed VI a ordonné dès jeudi une enquête rapide et transparente, et demandé que l'opinion public soit tenue au courant de son déroulement.

Le souverain, qui a succédé à son père en 1999, fait face depuis le début de l'année à un mouvement de contestation qui exige des changements politiques dans le royaume, et il a promis d'engager des réformes démocratiques.

Le Maroc a toutefois été épargné par les troubles, et dans certains cas les violences, qui ont accompagné les appels aux changements dans d'autres pays arabes notamment l'Egypte, la Tunisie, la Libye et la Syrie.

Justice et bienfaisance, l'un des plus importants mouvements islamistes au Maroc, interdit mais toléré par les autorités, a condamné un "acte barbare quels qu'en soient les responsables", réaffirmant son rejet de toute forme de violence.

Le mouvement de jeunes du 20 février, qui organise régulièrement des manifestations pacifiques, aussi a condamné un attentat "ignoble" et mis en garde contre "des atteintes aux droits de l'homme", à l'occasion de l'enquête.

Le Conseil de sécurité de l'ONU et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, Paris, Madrid, Washington, Dakar et Libreville ont condamné cette attaque "terroriste", tout comme la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.