Mediapart attaqué en diffamation par Bolloré: le sérieux d'une enquête en question

Par AFP

AFRICA RADIO

"Dénoncer" oui, mais "être irréprochable": le ministère public a critiqué mardi le sérieux de l'enquête d'une journaliste pour un article publié en avril 2016 par Mediapart intitulé "Comment le groupe Bolloré a ruiné deux entrepreneurs camerounais".

Dans cet article attaqué en diffamation par le magnat Vincent Bolloré, Bolloré SA et SAS Bolloré Africa Logistics, la pigiste Fanny Pigeaud estimait que les deux associés s'étaient retrouvés ruinés parce que le groupe français n'avait pas respecté une décision de la justice camerounaise prise en 1993 l'intimant de payer à leur société des dommages et intérêts. Leurs marchandises, des plantes médicinales, avaient en effet été stockées par une filiale de Bolloré, la Socapao, et avaient subi une avarie, rendant le produit invendable. "Votre article était certes bien fondé, mais plutôt inopportun", a estimé le procureur Lionel Bounan. Est-ce bien le groupe de l'entrepreneur breton qui a ruiné ces deux entrepreneurs? "Je n'en suis pas certain", "ça n'a pas été assez creusé", a-t-il estimé."Vous êtes une journaliste d'investigation: il faut dénoncer mais être irréprochable dans son raisonnement intellectuel", a poursuivi le procureur, reconnaissant néanmoins la "bonne foi" et le "caractère légitime d'informer le lecteur du comportement du groupe Bolloré en Afrique".Olivier Baratelli, l'un des avocats des trois parties civiles, s'est lui insurgé contre ce qu'il a appelé "du misérabilisme journalistique honteux". Sa consoeur Marie Cornanguer a, elle, souligné le fait qu'il était "assez rare qu'on traite un sujet aussi ancien en ne respectant pas le principe du contradictoire". La journaliste de 44 ans, spécialiste de l'Afrique, a précisé à la barre avoir tenté de joindre le groupe Bolloré et ses conseils pendant près de trois semaines, en vain. Son article évoquait notamment une "collusion" entre le pouvoir camerounais et le groupe du magnat breton."On a laissé un délai raisonnable", a estimé pour sa part l'avocat de la défense Emmanuel Tordjman dans sa plaidoirie. Il a par ailleurs indiqué qu'il fallait "des articles comme celui-ci pour dire que le groupe Bolloré se comporte mal en Afrique".Le conseil a plaidé une relaxe pour sa cliente, ainsi que pour Edwy Plenel, poursuivi en tant que directeur de publication.Ce dernier a indiqué "assumer totalement cette publication" qui "évoque une affaire emblématique de ce qui se passe sur ce continent". "Le groupe Bolloré est supra-étatique en Afrique. (..) Rien de ce que dit cet article n'est faux ou biaisé", a-t-il asséné.Décision attendue le 8 janvier 2019.