Ministre de l'Intérieur et hommes d'affaires limogés

Par La rédaction

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LE CAIRE (AFP)

Le président Hosni Moubarak s'est séparé de son ministre de l'Intérieur, honni des manifestants qui ébranlent le régime, mais de nombreuses personnalités sont reconduites dans le nouveau gouvernement annoncé lundi, peu après des appels à des rassemblements géants mardi.

Le très controversé Habib el-Adli, en place depuis treize ans, cède son ministère à un haut responsable de la police, Mahmoud Wagdi, après une semaine de contestations que les policiers n'ont su contenir.

Le limogeage de M. el-Adli, sous le mandat de qui la police a été accusée de nombreux abus et tortures, était réclamé avec insistance par la foule.Son successeur, ancien directeur des prisons, est aussi un homme du sérail policier.

Les hommes d'affaires proches du fils du raïs, le très ambitieux Gamal Moubarak, sont également absents d'un gouvernement où ils étaient autrefois en force.Un signe supplémentaire de la disgrâce de celui que beaucoup considéraient il y a peu comme le successeur probable de son père.

Autre victime, le ministre de la Culture Farouk Hosni, candidat malheureux à la direction de l'Unesco en 2009 après avoir déclaré qu'il "brûlerait" les livres israéliens qu'il trouverait en Egypte.

Inamovible à ce poste depuis 24 ans, il est remplacé par un professeur d'université et critique littéraire, Gaber Asfour.

De nombreux barons du précédent gouvernement retrouvent en revanche leur portefeuille, comme le ministre des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit, ou celui de la Défense, le général Mohamed Hussein Tantaoui.

Deux ministres très influents, celui de l'Information, Anas el-Fekki, et celui des Affaires parlementaires et légales, Moufid Chehab, restent aussi en place.

M. Moubarak avait annoncé samedi la nomination d'un nouveau Premier ministre, issu de l'armée, le général Ahmad Chafic, ancien ministre de l'Aviation civile.

Cette nomination avait été accompagnée de celle du chef des services secrets, le général Omar Souleimane, comme vice-président, un poste vacant depuis l'arrivée de M. Moubarak au pouvoir en 1981.

La nomination de ces deux militaires traduit un renforcement de l'armée au sein du système, au moment où les militaires sont appelés en renfort pour tenter de ramener l'ordre et faire respecter le couvre-feu.

Le président Moubarak est lui-même issu de l'armée.

Ce changement de gouvernement survient à la veille de marches monstres prévues au Caire et à Alexandrie à l'appel des manifestants qui réclament sans relâche depuis mardi dernier le départ de M. Moubarak, 82 ans.

Certains manifestants présents lundi dans le centre du Caire ont réagi positivement au limogeage du ministre de l'Intérieur, tout en continuant de réclamer le départ de M. Moubarak.

"Le ministre de l'Intérieur est responsable de toutes les violences, car c'est la police qui a tiré sur les manifestants", estimait l'un d'eux, Hussein Ali.

Mais un manifestant, qui refuse de donner son nom, souligne que "nous n'accepterons aucun autre changement que le départ de Moubarak", et un autre, Rifat Ressat, assure que "nous voulons un changement complet du gouvernement, avec une autorité civile".

La révolte qui a débuté mardi dernier est sans précédent depuis l'arrivée du raïs au pouvoir il y a trente ans.Des affrontements à travers l'Egypte ont fait au moins 125 morts et des milliers de blessés depuis mardi dernier.

Des dizaines de milliers de personnes étaient toujours rassemblées lundi sur la place Tahrir (place de la Libération), épicentre de la révolte dans le centre du Caire.