Morosité pour les dernières fêtes de Pâques du Soudan unifié

23 avril 2011 à 10h37 par La rédaction

KHARTOUM (AFP)

Pâques devrait être l'occasion pour les Soudanais du Sud, majoritairement chrétiens, de célébrer la prochaine accession à l'indépendance de leur région, mais des violences dans le sud et le risque de renforcement de la loi islamique dans le nord gâchent la fête.

"Notre église ici est une église de lutte.C'est pour ça que l'assemblée chante souvent fort, et accompagnée de tambours", souligne le père John Dingi, 66 ans, prêtre à la cathédrale catholique de Khartoum.

Sa communauté, composée principalement de Soudanais du Sud, a fondu depuis l'exode en masse des Sudistes hors du Nord-Soudan, majoritairement arabe et musulman, dans la perspective de la sécession en juillet.

Près de 300.000 personnes sont rentrées au Sud-Soudan depuis octobre, selon des statistiques des Nations unies.De nombreux Sudistes ont fui le Nord par peur qu'une fois le pays divisé en deux, les chrétiens restés dans le Nord ne soient maltraités, regrettent des dignitaires chrétiens.

"Notre inquiétude, c'est qu'une fois le Sud devenu un pays indépendant, nos activités ici (dans le nord) seront très restreintes", déplore Sylvester Thomas, doyen de la cathédrale épiscopalienne (anglicane) de Tous les Saints à Khartoum.

"Ils veulent islamiser le pays", craint Kamal Tadros, directeur de la société de Saint-Vincent de Paul, une ONG qui vient en aide aux enfants de la rue."Nous sommes conscients des difficultés, et c'est pourquoi nous sommes très attentifs à la façon dont nous travaillons.Il suffit d'une seule erreur sérieuse, et cela peut être le coup de grâce", a-t-il déclaré à l'AFP.

Le président Omar el-Béchir a affirmé à maintes reprises que la charia (loi islamique), déjà en vigueur, serait renforcée une fois le Sud indépendant.

La communauté chrétienne se plaint déjà de discriminations, la loi favorisant les musulmans dans les héritages et interdisant les conversions au christianisme, alors que la construction d'église est limitée, ainsi que le travail des agences humanitaires chrétiennes.

Les chrétiens retournés au Sud-Soudan traversent eux-aussi d'importantes difficultés.

Une vague de violences a touché la région semi-autonome, des heurts entre l'armée du Sud et des milices rebelles ayant fait des centaines de morts, dont des femmes et des enfants.

Les autorités sudistes accusent régulièrement Khartoum d'armer des milices dissidentes afin de déstabiliser le Sud.