Mort de l'otage français: vigilance extrême exigée dans tout le Sahel

27 juillet 2010 à 13h27 par La rédaction

DAKAR (AFP)

La vigilance la plus extrême est exigée pour tout déplacement non indispensable dans les pays de la bande sahélo-saharienne où les consignes de sécurité ont été plus que jamais réitérées, après la mort d'un otage français tué au Mali par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Ambassades, entreprises et organisations internationales ont revu les conseils aux voyageurs et rappelé les mesures élémentaires destinées à protéger leurs personnels employés dans ces pays, en particulier dans les zones les plus isolées.

"On va encore plus limiter les déplacements en dehors des zones sécurisées, sensibiliser encore plus nos salariés et prêter une attention accrue à tout incident ou situation inhabituelle", a indiqué mardi le groupe Areva qui exploite deux gisements d'uranium au Niger et emploie près de 2.500 personnes.

Un groupe européen de bâtiment et travaux publics très présent dans le Sahel ne souhaitant pas être nommé, mène de manière régulière des campagnes de sensibilisation contre les risques liés aux activités d'Aqmi.

Après la mort de l'otage français, il a renvoyé ses messages de prudence à ses agences dans les pays de la zone."Notre chance c'est que beaucoup d'expatriés sont en vacances en ce moment", souligne-t-on au sein de ce groupe.

Les grandes entreprises françaises présentes dans la zone à risque, comme Total qui fait de la prospection pétrolière dans l'est de la Mauritanie, bénéficient de la protection des armées nationales.

"Les Mauritaniens mettent à disposition des unités militaires qui nomadisent, en liaison avec le commandement de l'armée, car Total sait que ses employés sont des cibles potentielles depuis longtemps", selon un ancien haut responsable de lutte antiterroriste française.

Le ministère français des Affaires étrangères vient de revoir les conseils donnés au voyageurs sur son site internet, les rendant encore plus contraignants pour de vastes "zones rouges" à très haut risque en Mauritanie, Mali, Niger et sud de l'Algérie.

Quatre pays aux confins desquels opère Aqmi, qui a revendiqué dimanche l'exécution du Français Michel Germaneau, 78 ans, enlevé au Niger avant d'être transféré au Mali.

"L'activisme d'Aqmi a sensiblement renforcé la menace terroriste dans la région sahélo-saharienne", note le site du Quai d'Orsay, en rappelant que "les modes d'action de ce groupe se caractérisent par des attaques contre les forces armées (essentiellement en Mauritanie), des enlèvements et assassinats de ressortissants occidentaux, voire des attentats-suicides".

L'ambassade de France à Nouakchott a appelé ses ressortissants "à exercer une vigilance accrue et à éviter autant que possible de sortir" de la capitale.

Selon une source à l'ambassade de France au Niger, après l'enlèvement en novembre 2009 de Pierre Camatte par Aqmi (il a été libéré en février), "on avait donné des consignes de prudence"."On ne peut pas aller beaucoup au-delà", reconnaît-elle.

Environ 4.300 français sont recensés au Mali, 2.100 en Mauritanie et 1.470 au Niger.

Les craintes ne concernent pas seulement les Occidentaux mais aussi les personnels locaux, majoritaires dans les entreprises et organisations internationales.

Un porte-parole du Haut commissariat de l'ONU au réfugiés (HCR) à Dakar, affirme qu'il "faut tout revoir", notamment pour la sécurité de chauffeurs sénégalais qui convoient depuis Dakar des véhicules pour les équipes du HCR au Mali et au Niger, ou ramènent chez eux des réfugiés mauritaniens.

Depuis plus de deux ans, l'ONU déconseille à ses employés au Niger de s'aventurer dans les zones nord et ouest.

Fin 2008, l'envoyé spécial de l'ONU pour le Niger Robert Fowler et son assistant avaient été enlevés à une quarantaine de kilomètres de Niamey, avant d'être relâchés plus de quatre mois plus tard.Leur chauffeur avait été libéré plus tôt.