Mozambique: 30.000 déplacés par les violences dans le nord en un mois

Par AFP

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Près de 30.000 personnes ont été forcées de fuir la petite ville de Palma dans le nord-est du Mozambique, depuis l'attaque surprise et soigneusement orchestrée de groupes armés jihadistes le 24 mars, a affirmé l'ONU vendredi.

Sur les quelque 75.000 habitants (dont beaucoup de réfugiés déjà) que comptait cette ville portuaire, plus d'un tiers, soit 30.000 personnes, "sont partis" depuis ce raid revendiqué par le groupe Etat islamique, a affirmé à l'AFP Laura Tomm-Bonde, cheffe de mission de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Mozambique. 

Plus de 20.000 autres seraient installés dans le village de Quitunda, à une dizaine de km de Palma et jouxtant l'énorme site gazier piloté par le groupe français Total, où toute activité est désormais suspendue.

Les groupes jihadistes terrorisent depuis fin 2017 la province du Cabo Delgado, pauvre mais riche en gaz naturel, frontalière avec la Tanzanie.Ils exercent une violence spectaculaire --viols, décapitations et incendies-- pour marquer les esprits.

Ces nouveaux déplacements, depuis l'attaque de Palma, portent désormais à 700.000 le nombre de personnes arrachées à leurs foyers, selon le gouvernement et les ONG.

Pour Mme Tomm-Bonde, ce chiffre est à comparer aux 100.000 déplacés en janvier 2020: ce bond montre la gravité de la crise, dit-elle."Le nombre de personnes déplacées continue d'augmenter de jour en jour", dit-elle."On pense que des milliers continuent à se déplacer à travers des forêts denses". 

Le directeur des urgences de l'OIM, Jeff Labovitz, actuellement au Mozambique, a déclaré qu'environ 60.000 de ces personnes se trouvaient dans des zones inatteignables pour les agences d'aide.

A Genève, plus tôt dans la journée, le Haut Commissariat aux réfugiés s'est dit "profondément inquiet des conséquences humanitaires liées à l'escalade rapide des violences" dans la zone.

"Quelque 30.000 personnes ont été forcées de fuir" Palma, a également affirmé son porte-parole Babar Baloch lors d'un point-presse.Ils ont dû "faire face à des obstacles notables en essayant de se mettre en sécurité que ce soit dans le pays ou lors de leur tentative de traverser les frontières".

Il a alerté sur le sort de familles séparées dans leur fuite."Des centaines d'enfants sont arrivés traumatisés et épuisés après avoir été séparés de leur famille", a déclaré M. Baloch.

Les personnes déplacées "arrivent sans rien, souvent avec des problèmes de santé y compris des blessures et souffrant de malnutrition sévère", a-t-il ajouté.

"Des gens continuent de fuir Palma, mais avec seulement de rares voies d'évacuation encore ouvertes, nous nous inquiétons qu'ils ne soient pas en mesure de quitter cette zone", a souligné M. Baloch.

Le raid contre Palma a marqué une intensification majeure dans une guerilla lancée en 2017 par des groupes jihadistes connus localement sous le nom d'al-Shabab. 

Les violences ont fait au moins 2.800 morts, selon les calculs de l'ONG américaine ACLED, dont près de la moitié de civils.