Mozambique: deuxième attaque islamiste sur une ville en trois jours

25 mars 2020 à 16h27 par AFP

AFRICA RADIO

Les islamistes qui sèment la terreur depuis plus de deux ans dans le nord du Mozambique ont attaqué mercredi la ville de Quissanga, en face de l'île touristique d'Ibo, leur deuxième opération d'envergure en trois jours.

"Ils sont entrés dans Quissanga à l'aube (mercredi) vers 04 H (02H00 GMT)", a déclaré à l'AFP une source policière qui a requis l'anonymat."En vingt minutes, la police s'est rendue et ils ont pris le contrôle du quartier général de la police et l'ont détruit", a ajouté cette source depuis Macomia, près de Quissanga.Sur une photo obtenue par l'AFP, huit personnes en tenues de camouflage et masquées posent, avec des armes, devant le commissariat de Quissanga partiellement incendié.L'une d'elles brandit un drapeau noir et blanc portant des inscriptions en arabe.Lundi, la même mouvance jihadiste avait occupé toute la journée la ville de Mocimboa da Praia, plus au nord, où les jihadistes avaient détruit des bâtiments officiels, des banques et des installations militaires, selon une source militaire.Mercredi, l'Etat islamique (EI) a revendiqué cette opération, qui a fait, selon le groupe, "des dizaines de victimes". Aucun bilan n'était disponible de source indépendante ou gouvernementale.L'attaque de Quissanga a provoqué mercredi d'importants mouvements de population, selon des sources concordantes. - 'Les gens fuient' -"Beaucoup de gens ont fui dans les mangroves et sur des bateaux pour essayer de rejoindre Pemba", la capitale de la province du Cabo Delgado située plus au sud, a indiqué à l'AFP un journaliste originaire de Quissanga et basé à Pemba.Plus à l'intérieur des terres, de nombreux habitants de Macomia, le chef-lieu du district, ont quitté la ville de crainte d'être à leur tour la cible d'une attaque jihadiste."Ici, les gens ont fui leur maison à la fin de la journée (mercredi) pour se réfugier dans les bois", a indiqué sous couvert d'anonymat à l'AFP un policier de la ville. "Il est plus sûr de dormir dans les bois que chez soi", a-t-il ajouté, "le siège du district peut être attaqué par les insurgés à tout moment".Les insurgés islamistes, dont les motivations restent mystérieuses, opèrent depuis octobre 2017 dans toute la province à majorité musulmane du Cabo Delgado, riche en importants gisements gaziers sous-marins.Ils y multiplient les attaques meurtrières contre les villageois et les forces de sécurité. Selon des ONG et les Nations unies, ces violences ont fait plus de 700 morts, civils et militaires, et causé le déplacement d'au moins 100.000 personnes.Depuis juin, l'EI a endossé la responsabilité de plusieurs des raids meurtriers dans le nord du Mozambique, sans apporter toutefois de preuve tangible de son soutien logistique.Le gouvernement du président Filipe Nyusi a juré à maintes reprises d'éliminer les "criminels" et a envoyé dans la région d'importants renforts militaires, épaulés par des mercenaires de la société de sécurité privée russe Wagner.Mais leurs efforts pour ramener l'ordre sont restés vains.Le responsable régional d'Amnesty International, Muleya Mwananyanda, a dénoncé, après l'attaque de Mocimboa da Praia lundi, "l'échec tragique du gouvernement mozambicain à protéger sa population".