Mozambique: l'opposition soupçonne des fraudes aux élections

Par La rédaction

Maputo (AFP)

L'opposition soupçonnait des fraudes et quelques heurts ont eu lieu dans la nuit au Mozambique, qui attendait jeudi les premiers résultats partiels des élections présidentielle et législatives tenues la veille, dont le Frelimo au pouvoir est le grand favori.

Dans la matinée, une radio d'Etat a donné son propre décompte portant sur quelques centaines de milliers de voix.Ces résultats, non significatifs, plaçaient en tête le candidat du pouvoir à la présidentielle, Filipe Nyusi.

Aux manettes du pays depuis l'indépendance en 1975, l'ancien parti marxiste du Frelimo est le favori du scrutin, malgré la poussée d'une opposition qui dénonce le décalage entre la misère de la population et une économie en plein boom, notamment grâce aux gisements de gaz récemment découverts.

Les observateurs internationaux ont noté que les votes pour la présidentielle et les législatives s'étaient déroulés dans le calme mercredi, mais les deux principaux partis d'opposition (Renamo et MDM) ont dénoncé des tentatives de fraude et fait état de heurts dans la nuit à Nampula, dans le nord du pays.

A Nampula, des policiers anti-émeute ont dispersé une foule qui s'était rassemblée près d'un bureau de vote pour vérifier le dépouillement, a affirmé le représentant dans la région du MDM, Elias Nquiri (opposition).

Par ailleurs, "un jeune homme a reçu une balle dans le pied alors qu'il tentait d'empêcher un responsable du Frelimo de bourrer les urnes", dans la province centrale de Sofala, a indiqué le porte-parole du MDM Sandes Carmona.

Un porte-parole de la commission électorale nationale, Paulo Cuinica, a déclaré à l'AFP: "Il y a eu quelques incidents ici et là, mais d'une manière générale la situation est sous contrôle".

La responsable des observateurs de l'Union européenne, Judith Sargentini, a fait un constat similaire."Nous avons noté quelques irrégularités, mais je dirais que dans l'ensemble, jusqu'au moment de la clôture, cela s'est bien passé.C'était calme", a-t-elle déclaré à l'AFP.

- Richesse gazière -

 

Choisi en début d'année par le Frelimo, M. Nyusi, 55 ans, devrait devenir le prochain président du Mozambique et gérer la transition vers la production gazière.De gigantesques gisements off-shore ont été découvert au nord qui pourraient propulser le Mozambique au quatrième rang mondial s'ils sont commercialement viables.

M. Nyusi, dont les observateurs s'attendent à ce qu'il soit moins bien élu que le sortant Armando Guebuza, réélu en 2009 avec 75% des voix, devra dans l'immédiat composer avec une opposition plus remuante, l'ex-guérilla Renamo qui fait mouche auprès des jeunes, et le MDM, un parti récent.

La grande majorité des 25 millions d'habitants vit dans le dénuement, même ceux titulaires d'un diplôme, et dépend des maigres ressources d'une agriculture vivrière, alors que les loyers flambent pour les nouveaux riches de la capitale Maputo.

Malgré cela, beaucoup ont déclaré qu'ils continuaient de voter pour le Frelimo.

"Peut-être qu'ils ne vont rien changer pour nous...mais c'est mon parti et on ne peut pas changer de mère, n'est-ce pas ?", confiait mercredi à l'AFP Amelia Makave, une autre électrice de Xipamanine.

Le scrutin a pu être organisé grâce à un accord de paix signé in-extremis en septembre entre l'Etat et la Renamo, dont le chef Afonso Dhlakama avait pris le maquis fin 2012, orchestrant une guérilla larvée qui a fait des dizaines de morts pendant deux ans.

De nombreuses armes restent en circulation dans cette ancienne colonie portugaise, meurtrie par 16 années de guerre civile (1976-1992) et les observateurs s'inquiètent de la solidité du cessez-le-feu signé in extremis en septembre, lorsque M. Dhlakama est sorti de la clandestinité.