Mozambique: le candidat du pouvoir en tête au début des décomptes

Par La rédaction

Maputo (AFP)

Le candidat du pouvoir était sans surprise en tête des décomptes au Mozambique, selon de premiers résultats très partiels des élections de mercredi, marquées par des accusations de fraude de l'opposition et quelques heurts dans la nuit.

Après un décompte très partiel, portant sur 8,5% des bureaux de vote, Filipe Nyusi, présenté par le Frelimo, au pouvoir depuis l'indépendance en 1975, arrive en tête avec plus de 60% des voix.Il devance Afonso Dhlakama, l'ex-guérillero chef de la Renamo (31,5%).

Choisi en début d'année par le Frelimo, M. Nyusi, 55 ans, devrait devenir le prochain président du Mozambique et gérer la transition vers la production gazière.De gigantesques gisements off-shore ont été découvert au nord qui pourraient propulser le Mozambique au quatrième rang mondial s'ils sont commercialement viables.

La commission électorale n'indique pas le pourcentage de bulletins dépouillés, mais seulement le nombre de bureaux de vote.

Le MDM du maire de Beira Daviz Simango plafonnerait à 8% selon ces résultats très provisoires.

Aux manettes du pays depuis l'indépendance en 1975, l'ancien parti marxiste du Frelimo est le favori du scrutin, malgré la poussée d'une opposition qui dénonce le décalage entre la misère de la population et une économie en plein boom, notamment grâce aux gisements de gaz récemment découverts.

Les observateurs internationaux ont noté que les votes pour la présidentielle et les législatives s'étaient déroulés dans le calme mercredi, mais les deux principaux partis d'opposition (Renamo et MDM) ont dénoncé des tentatives de fraude et fait état de heurts dans la nuit à Nampula, dans le nord du pays.

A Nampula, des policiers anti-émeute ont dispersé une foule qui s'était rassemblée près d'un bureau de vote pour vérifier le dépouillement, a affirmé le représentant dans la région du MDM, Elias Nquiri (opposition).

 

- 'Situation sous contrôle' -

 

Par ailleurs, "un jeune homme a reçu une balle dans le pied alors qu'il tentait d'empêcher un responsable du Frelimo de bourrer les urnes", dans la province centrale de Sofala, a indiqué le porte-parole du MDM Sandes Carmona.

Un porte-parole de la commission électorale nationale, Paulo Cuinica, a déclaré à l'AFP: "Il y a eu quelques incidents ici et là, mais d'une manière générale la situation est sous contrôle".

La responsable des observateurs de l'Union européenne, Judith Sargentini, a fait un constat similaire."Nous avons noté quelques irrégularités, mais je dirais que dans l'ensemble, jusqu'au moment de la clôture, cela s'est bien passé.C'était calme", a-t-elle déclaré à l'AFP.

 

M. Nyusi, dont les observateurs s'attendent à ce qu'il soit moins bien élu que le sortant Armando Guebuza, réélu en 2009 avec 75% des voix, devra dans l'immédiat composer avec une opposition plus remuante, l'ex-guérilla Renamo qui fait mouche auprès des jeunes, et le MDM, un parti récent.

La grande majorité des 25 millions d'habitants vit dans le dénuement, même ceux titulaires d'un diplôme, et dépend des maigres ressources d'une agriculture vivrière, alors que les loyers flambent pour les nouveaux riches de la capitale Maputo.

Malgré cela, beaucoup ont déclaré qu'ils continuaient de voter pour le Frelimo.

"Peut-être qu'ils ne vont rien changer pour nous...mais c'est mon parti et on ne peut pas changer de mère, n'est-ce pas ?", confiait mercredi à l'AFP Amelia Makave, une autre électrice de Xipamanine.

Le scrutin a pu être organisé suite à un accord de paix signé in-extremis en septembre entre l'Etat et la Renamo, dont le chef Afonso Dhlakama avait pris le maquis fin 2012, orchestrant une guérilla larvée qui a fait des dizaines de morts pendant deux ans.

De nombreuses armes restent en circulation dans cette ancienne colonie portugaise, meurtrie par 16 années de guerre civile (1976-1992) et les observateurs s'inquiètent encore de la fragilité du cessez-le-feu signé in extremis en septembre, lorsque M. Dhlakama est ressorti de la clandestinité.