Nigeria: 4e jour de grève générale, les travailleurs du pétrole font pression

Par La rédaction

LAGOS (AFP) - (AFP)

 Une grève générale au Nigeria qui a mis des dizaines de milliers de manifestants dans les rues entre dans son quatrième jour alors que les travailleurs du pétrole font pression sur le gouvernement en menaçant d'interrompre la production.

Seule lueur d'espoir dans cette crise, des sénateurs et des députés ont tenté une médiation afin de mettre un terme à la crise, sans avoir rencontré de résultat jusqu'à présent.

 Une autre réunion avec des députés est prévue jeudi.

 La grève et les manifestations qui ont paralysé le premier producteur africain de pétrole ont mis le gouvernement sous une pression croissante alors qu'il cherche à interrompre les attaques du groupe islamiste Boko Haram.

A Genève, la Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, a indiqué jeudi que le groupe islamiste Boko Haram au Nigeria pourrait être déclaré coupable de "crimes contre l'humanité" si la justice montre qu'il a commis des attaques systématiques contre la population.

"Les membres de Boko Haram et d'autres groupes et entités, si la justice estime qu'ils ont commis des attaques systématiques et généralisées contre la population civile -- y compris sur la base de la religion ou de l'ethnie -- pourraient être déclarés coupables de crimes contre l'humanité", a déclaré Mme Pillay, dans un communiqué.

"Les actes délibérés conduisant au +nettoyage+ de la population sur la base de la religion ou de l'ethnie équivaudraient aussi à des crimes contre l'humanité", a-t-elle dit.

La responsable de l'ONU pour les droits de l'homme a appelé les responsables religieux au Nigeria, "spécialement les responsables musulmans et chrétiens à joindre leurs forces pour condamner de façon sans équivoque toute violence, y compris les représailles".

Elle leur demande aussi d'"encourager leurs disciples à identifier et aider à arrêter tout ceux impliqués dans les tueries et autres actes de violences qui ont eu lieu".

Depuis les sanglants attentats du jour de Noël qui avaient fait au moins 49 morts, sept attaques contre des chrétiens ont fait plus de 88 morts, dont la plupart ont été revendiquées par Boko Haram.

 Les dernières attaques de ce groupe ont tué des chrétiens et des violences visant des musulmans dans le sud du pays ont fait craindre l'extension du conflit, certains évoquant même les risques d'une guerre civile dans le pays le plus peuplé d'Afrique (160 millions d'habitants).

Deux officiers de police ont été tués mercredi par une foule qui s'est répandue dans la ville de Minna au centre du pays.Des bâtiments officiels ont été brûlés.Au nord est dans la ville de Yola, des hommes armés ont attaqués les locaux de la police.Cette région a également été atteinte par les récentes violences religieuses.

Quatre chrétiens ont été tués dans les faubourgs de la ville de Potiskum par des membres présumés de Boko Haram.Un couvre-feu nocturne a été imposé dans l'état de Yobe où se trouve Potiskum.

A Lagos, la plus grande ville du Nigeria où habitent 15 millions de personnes une foule pacifique évaluée à 10.000 personnes s'est rassemblée mercredi.Des incidents se sont produits à certains endroits avec des jeunes qui ont mis le feu à des pneus, en attaquant au moins une voiture de police et vandalisant les alentours.

Quelques centaines de personnes s'étaient déjà réunies jeudi sur un site habituel de manifestation.

"J'ai participé aux manifestation depuis lundi et je vais continuer jusqu'à ce que le gouvernement revienne à 65 nairas (0,4 USD, 03 Euros) le litre" dit Dele Olaniyi, chauffeur de taxi de 54 ans."La majorité de notre peuple est trop pauvre pour accepter le nouveau prix" a-t-il dit faisant allusion à l'abandon des subventions qui ont fait plus que doubler les prix du carburant depuis le 1er janvier.

 Les syndicats des travailleurs du secteur pétrolier ont haussé le ton mercredi en menaçant de réduire la production de pétrole.L'un d'entre eux a annoncé qu'ils avaient demandé à "toutes les plate-formes de production de se mettre en alerte rouge en prévision d'un arrêt total de la production".

Un responsable d'un des principaux syndicats a affirmé qu'ils refuseraient de négocier avec le président Goodluck Jonathan tant que celui ci n'aurait pas rétabli les subventions au carburant qui représente pour les nigérians le seul bénéfice qu'ils tirent de la production pétrolière.

"Pour que nous négocions, le prix de l'essence doit revenir à 65 nairas" a dit Denja Yacub secrétaire général du Syndicat nigérian des travailleurs.

Selon des responsables gouvernementaux et des économistes l'abandon des subventions est vitale et permettra de dégager 8 milliards de dollars par an pour investir dans des projets et améliorer les infrastructures quasi inexistantes dans le pays.

Mais les violences religieuses et ethniques croissantes dans différentes régions ont fait croître les craintes d'un chaos dans un pays divisé entre un mord essentiellement musulman et un sud majoritairement chrétien.

Boko Haram, mise en cause pour les attaques, a revendiqué lors des dernières semaines la responsabilité de violences visant des Chrétiens qui ont menacé de se défendre eux mêmes.