Nigeria: attaque d'une école coranique, crainte d'une escalade des violences

Par La rédaction

LAGOS (AFP) - (AFP)

Une école coranique a été visée par une bombe mercredi au Nigeria et des églises protestantes ont menacé d'assurer leur propre défense contre les attaques d'islamistes après les attentats anti-chrétiens meutriers de Noël revendiqués par des extrémistes musulmans.

Dans le Sud, de jeunes enfants ont été blessés en classe par l'explosion d'une bombe artisanale jetée contre leur école coranique dans le delta du Niger, a dit la police.

"Un explosif de faible puissance, fabriqué localement, a été jeté dans une école coranique de Sapele", mardi soir, a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police, Charles Mouka.

Six enfants âgés de 5 à 8 ans et un adulte ont été blessés et hospitalisés.

Alors que les autorités tentent de rassurer la population après la vague de violences revendiquées par la secte islamiste Boko Haram, une coalition d'églises pentecotistes a averti que ses fidèles se défendront eux-mêmes en cas de nouvelles attaques.

"En 2012, si ces attaques continuent et que les chrétiens ne sont toujours pas protégés par les agences de sécurité, alors nous n'aurons pas d'autre choix que de défendre nos vies et nos biens", disent-elles.

"Ces destructions aveugles de vies et de biens par ce groupe terroriste sont sans fin", ont estimé les églises pentecôtises dans le communiqué, en référence à Boko Haram.

Un responsable a toutefois précisé que cette auto-défense se ferait dans le cadre de la loi.

Au moins 40 personnes ont été tuées dans les attentats de Noel, dont 35 à la sortie de la messe de la nativité devant une église catholique de Madalla, près de la capitale Abuja.

Les attentats ont été attribués par les autorités à la secte islamiste Boko Haram, un mouvement violent qui prône la création d'un Etat islamique au Nigeria, et le groupe les a lui-même revendiqués.

L'attaque de mardi contre l'école coranique n'a pas été revendiquée.Si les violences dans la région du delta sont fréquentes, elle visent généralement le secteur pétrolier et n'ont jusqu'à présent pas eu de caractère religieux.

Pays le plus peuplé d'Afrique avec 160 millions d'habitants, le Nigeria compte environ autant de musulmans, majoritaires dans le nord, que de chrétiens, plus nombreux dans le sud.

Mardi, le président Goodluck Jonathan s'était entretenu avec le plus haut responsable musulman du pays qui a tenté de rassurer la population inquiète de voir le pays s'enflammer de nouveau dans des affrontements entre communautés d'ethnies et religions différentes.

"Je veux assurer tous les Nigérians qu'il n'y a aucun conflit entre les musulmans et les chrétiens, entre l'islam et la chrétienté", a déclaré le sultan de Sokoto (nord), Muhammad Sa'ad Abubakar.

Le conseiller national pour la sécurité, Owoye Azazi, a de son côté appelé les chrétiens à ne pas se venger.

Des dignitaires chrétiens ont pressé les autorités d'intervenir pour prévenir une escalade des violences commises par Boko Haram.Le gouvernement s'est jusqu'à présent montré incapable d'empêcher la secte de multiplier des actions de plus en plus sophistiquées et meurtrières.

Les violences ont fait quelque 90.000 déplacés à Damaturu, dans le nord-est, a indiqué mercredi l'agence nationale des services de secours.Il s'agit en majorité de musulmans.

La ville a été secouée par deux explosions le jour de Noël, dont un attentat suicide tuant trois agents des services de renseignement de la police.Mais Damaturu avait aussi été, la semaine dernière, le théâtre de violents affrontements entre des combattants de Boko Haram qui avaient lancé des attaques et les forces de sécurité.Ces violences auraient fait jusqu'à 100 morts.