Nigeria: au moins six manifestants chiites tués dans des heurts avec la police (témoins, AFP)

Par AFP

AFRICA RADIO

Au moins six manifestants chiites du Mouvement islamique du Nigeria (IMN) ont été tués dans des heurts qui ont éclaté à Abuja lundi, ont rapporté des témoins de la scène ainsi qu'un journaliste de l'AFP présent sur les lieux.

"Nous marchions sans violence, et lorsque nous sommes arrivés au niveau du ministère des Affaires étrangères, ils (la police) ont commencé à tirer en l'air et sur la foule", a expliqué Abdullahi Muhammed Bello, un membre de l'organisation chiite."Il y six corps devant moi, dont un mineur", a-t-il ajouté. Un photographe de l'AFP qui couvrait la manifestation a compté le même nombre de victimes. "La manifestation était d'abord pacifique", a-t-il relaté, parlant de quelques centaines de manifestants chiites. "La police a commencé à sortir en nombre et a tiré des gaz lacrymogènes, et les manifestants ont riposté en lançant des cocktails Molotov", a ajouté le photographe. La chaîne de télévision nigériane Channels a également fait savoir que l'un de ses reporters avait reçu une balle, sans donner de détails sur son état de santé. Le porte-parole de la police, Franck Mba a publié un communiqué pour demander aux habitants d'Abuja, la capitale fédérale, de rester calme. "Il y a une manifestation violente actuellement en cours", a fait savoir le porte-parole. "La police prend des mesures adéquates de maintien de l'ordre pour garder la situation sous contrôle". Les membres de l'IMN, une organisation chiite radicale dans le nord du Nigeria majoritairement sunnite, demandent notamment la libération de leur chef, Ibrahim Zakzaky, incarcéré depuis décembre 2015.Le groupe s'oppose depuis des années à l'autorité nigériane et ses manifestations, quasiment quotidiennes désormais, sont souvent réprimées dans le sang. En décembre 2015, l'armée a tiré sur des manifestants à Zaria, leur fief dans le nord du Nigeria, faisant plus de 350 morts. Fin octobre, des partisans de l'IMN avaient manifesté en masse à Abuja et la répression violente de la manifestation par les forces de sécurité avait fait 47 morts selon l'IMN et les observateurs, six selon les chiffres officiels.Ce week-end, le président Muhammadu Buhari a demandé aux membres de l'IMN d'attendre la prochaine comparution de leur leader en justice, lundi prochain, et de se plier à la décision des juges. Un tribunal avait déjà ordonné sa libération sous caution, mais le jugement n'a jamais été appliqué.Il est toujours incarcéré avec son épouse pour "homicide et rassemblement illégal", malgré un état de santé très inquiétant, ont fait savoir son fils et ses avocats.