Nigeria: Kano secouée par une nouvelle attaque

Par La rédaction

KANO (Nigeria) (AFP) - (AFP)

 Une trentaine d'hommes armés ont pris d'assaut encore un commissariat de police et tué au moins une personne à Kano, la deuxième ville du Nigeria, quatre jours après des raids similaires menés par des islamistes radicaux et qui ont fait 185 morts.

Les assaillants, soupçonnés d'appartenir au groupe islamiste Boko Haram, ont mené ce nouvel assaut mardi soir avec des explosifs et des armes à feu.Selon des habitants de la grande métropole du nord majoritairement musulman du pays, ils sont arrivés à bord de motos et de Mercedes.

Ils "disaient aux gens de partir (...) Ils ont simplement ouvert le feu sur le commissariat", a déclaré à l'AFP un témoin ayant requis l'anonymat.

Vendredi, une série d'attaques coordonnées spectaculaires, avec au moins 20 explosions entendues, a plongé Kano dans le chaos.Au moins 185 personnes ont été tuées selon la police.Il s'agit de l'attaque la plus meurtrière menée par Boko Haram, qui l'a revendiquée.

Selon l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW), au moins 935 personnes ont été tuées au Nigeria dans les attentats revendiqués par ce groupe depuis qu'il a lancé une campagne de violences en 2009.

Il ne cesse de multiplier les assauts de plus en plus meurtriers, à la fois contre les forces de l'ordre et, plus récemment, contre les chrétiens.Ainsi, rien qu'en janvier 2012, plus de 250 personnes ont été tuées.

Les attaques de vendredi ont principalement visé des antennes de police.Cinq kamikazes y auraient pris part selon la police, qui a identifié les dépouilles de neuf des assaillants.

Le commissariat attaqué mardi, dans le quartier très peuplé de Sheka, a été très endommagé.Ses vitres ont été soufflées, ses murs étaient couverts de fumée et une mare de sang était visible dans la salle de bains, ont constaté mercredi des journalistes de l'AFP.Les cellules avaient été ouvertes.

Liens établis entre Boko Haram et Aqmi

 Selon un porte-parole de Boko Haram, le groupe a agi vendredi en représailles au refus du gouvernement de libérer plusieurs de ses membres emprisonnés.

Des témoins ont affirmé qu'un policier avait été blessé mardi et une femme tuée.

"Un policier a reçu une balle dans la jambe.Une femme venue voir un policier a été touchée à l'estomac.Elle est morte", a déclaré un témoin.

Plusieurs habitants ont affirmé que les assaillants avaient jeté deux bombes contre le commissariat avant d'ouvrir le feu.

Un couvre-feu nocturne est en vigueur à Kano.

Dans la nuit de lundi à mardi, l'armée a mené un raid contre une maison soupçonnée d'abriter des membres de Boko Haram.Une fusillade qui a duré quatre heures a provoqué la panique chez de nombreux habitants.

Dans ce contexte d'extrême tension, les Etats-Unis ont appelé mardi "tous les Nigérians à rester unis contre les ennemis de la vie en commun et de la paix".

Le Département d'Etat a souligné que "la diversité ethnique et religieuse" du pays était une "force", "et ceux qui cherchent à la remettre en cause en semant la division ne peuvent pas réussir".

Une délégation gouvernementale américaine était mardi à Abuja où elle s'est entretenue de questions de sécurité avec les autorités.Les deux parties ont décidé de renforcer les capacités opérationnelles des agences de sécurité nigérianes, selon le communiqué d'une commission bilatérale.

Les nombreuses attaques de Boko Haram ont fait naître des craintes de violences interconfessionnelles, certains évoquant même le risque d'une guerre civile au Nigeria.

Boko Haram, qui a longtemps ciblé essentiellement des symboles du pouvoir (police, armée, hommes politiques) a revendiqué des attentats le jour de Noël contre des églises notamment, dont une, près d'Abuja, où 44 personnes ont été tuées.

Les 160 millions de Nigérians sont répartis en nombre égal entre le nord, majoritairement musulman, et le sud, à dominante chrétienne.

Depuis des mois, certains s'interrogent sur d'éventuels liens entre Boko Haram et la branche maghrébine d'Al Qaïda (Aqmi), même si des observateurs estiment que Boko Haram est davantage lié à des problématiques nigérianes, politiques notamment.

Mardi, les ministres des Affaires étrangères de Mauritanie, Mali, Niger et Algérie, réunis à Nouakchott, ont conclu que des liens existaient bien entre Boko Haram et Aqmi.