Nigeria: la police traque des centaines de prisonniers évadés

9 septembre 2010 à 10h12 par La rédaction

BAUCHI (Nigeria) (AFP)

La police nigériane traquait jeudi des centaines de prisonniers évadés au cours d'une attaque menée par des islamistes présumés lourdement armés dans le nord majoritairement musulman du pays, où les autorités mettent en garde contre la vulnérabilité d'autres prisons.

Des membres présumés d'une secte islamiste nigériane - les Boko Haram qui se réclament des talibans d'Afghnanistan- ont lancé mardi soir une violente attaque contre la prison de Bauchi (nord du Nigeria) libérant 732 détenus, dont 150 islamistes.

Après cette opération spectaculaire, le gouvernement a annoncé qu'il allait prendre des mesures pour empêcher de nouvelles opérations de ce type.

Le ministre nigérian de l'Intérieur Emmanuel Ihenacho a déclaré que les assaillants avaient recouru à une "force de feu écrasante".La police avait ajouté qu'ils étaient équipés d'armes à feu et de bombes de fabrication artisanale.

"Nous souhaitons également avertir les fauteurs de trouble éventuels que le gouvernement fédéral ne restera pas les bras croisés et ne laissera pas la situation dégénérer", a souligné le ministre de l'Intérieur

Avant de libérer les prisonniers, les attaquants ont mis le feu à une section de la prison de Bauchi et engagé une bataille nourrie contre les forces pénitentiaires.Quatre personnes ont été tuées, selon la police.

Le sol près de la prison était jonché de douilles aux côtés de pamphlets proclamant que "cette oeuvre sainte a été rendue possible par la volonté d'Allah sous les auspices des camarades moujahedine".

Le chiffre des évadés varie entre 732 et 721, selon les sources locales.

"Ils sont venus en grand nombre, lourdement armés et ont commencé à tirer sur la porte de la prison", a raconté à l'AFP un gardien de la prison, Salisu Mohammed.

 Un habitant a déclaré que les islamistes présumés chantaient "Allah est grand" en arrivant devant la prison de Bauchi.

Le directeur général des prisons du Nigeria, Olusola Ogundipe, s'est rendu sur place mercredi.Selon lui, plus de 120 prisonniers sont revenus de leur propre chef en prison et un nombre non précisé a été arrêté.

Des barrages militaires et de police ont été érigés un peu partout dans la région et la sécurité va être renforcée autour d'autres centres de détention, particulièrement dans les zones qui ont été visées par des islamistes dans le passé, selon les autorités.

"Nous savons que nous avons des prisons vulnérables par ici", a déclaré Olusola Ogundipe, citant notamment le cas de la prison de Maiduguri, théâtre d'un soulèvement en 2009."Nous avons renforcé la sécurité dans ces endroits", a-t-il dit.

Le commissaire de police de l'Etat de Bauchi, Danlami Yar'Adua, a indiqué qu'une trentaine de prisonniers, dont 11 membres de la secte, avaient été depuis arrêtés.

Des affrontements entre Boko Haram et les forces de l'ordre avaient fait 800 morts dans le nord du pays, entre le 26 et le 30 juillet 2009.

Mohamed Yusuf, ancien étudiant en théologie en Arabie saoudite et chef de cette secte, a été abattu en 2009 par les forces de l'ordre.Il voulait imposer un "Etat islamiste pur" dans le nord majoritairement musulman de la fédération.

La grande majorité des musulmans du Nigeria rejette la ligne dure représentée par la secte Boko Haram.Mais ce groupe a cependant des adeptes, en raison de la grande frustration des Nigérians, qui vivent dans la pauvreté, face à la corruption généralisée.