Nigeria: le mouvement chiite radical IMN refuse d'être qualifié de terroriste

Par AFP

AFRICA RADIO

Le mouvement chiite radical nigérian IMN a condamné dimanche la décision d'un tribunal d'autoriser le gouvernement à l'interdire pour "terrorisme", après une série de manifestations meurtrières dans la capitale, Abuja.

Au moins six manifestants, un journaliste et un policier ont été tués lundi dans des violences qui ont éclaté durant une marche organisée par le Mouvement islamique du Nigeria (IMN) pour obtenir la libération de son leader Ibrahim Zakzaky.Un journal, Punch, a affirmé samedi qu'un tribunal d'Abuja avait rendu une ordonnance permettant au gouvernement de qualifier les activités du mouvement de "terrorisme et activités illégales".Les autorités doivent faire paraître l'ordonnance au journal officiel et dans deux journaux pour qu'elle entre en vigueur.Des sources judiciaires et du ministère de la Justice ont confirmé l'authenticité de l'ordonnance. Le gouvernement n'a pas réagi officiellement.Un haut responsable de l'IMN, Yahiya Dahiru, a condamné la décision du tribunal, la qualifiant de "développement dangereux", au cours d'une conférence de presse dimanche à Abuja."Vous ne pouvez jamais stopper une idéologie, vous ne pouvez jamais stopper une idée, vous ne pouvez jamais stopper notre religion", a-t-il lancé, soulignant que les manifestations ne cesseraient pas tant que Zakzaky ne serait pas libéré.Le dirigeant de l'IMN, qui appelle à une révolution islamique inspirée de l'Iran chiite dans un Etat en grande majorité sunnite, s'oppose depuis des années aux autorités nigérianes.Il est détenu depuis décembre 2015 après que des violences ont éclaté durant une procession religieuse. L'armée a tiré, faisant plus de 350 morts, pour la plupart des chiites non armés, selon des organisations de défense des droits humains.Ces derniers mois, des violences ont éclaté à plusieurs reprises lors des marches quasi quotidiennes de l'IMN dans la capitale alors que l'état de santé de Zakzaky soulève de plus en plus d'inquiétude.Fin octobre, des partisans de l'IMN avaient manifesté en masse à Abuja et la répression violente de la manifestation avait fait 47 morts, selon l'IMN et les observateurs, six selon les autorités.La police nigériane a promis cette semaine de réprimer les "manifestations violentes" du mouvement et une forte présence des forces de sécurité était visible dans la capitale.Zakzaky et sa femme Zeenah Ibrahim sont en détention bien qu'un tribunal fédéral ait ordonné en 2016 leur remise en liberté.Le gouvernement a refusé et a lancé de nouvelles poursuites pénales, notamment pour homicide volontaire, un crime susceptible d'être sanctionné par la peine de mort.L'IMN, apparu comme un mouvement étudiant en 1978 avant de muer en groupe révolutionnaire inspiré par la révolution islamique en Iran, est aujourd'hui encore proche de Téhéran et suscite une grande hostilité au Nigeria, où l'élite musulmane sunnite ne cache pas ses affinités avec l'Arabie saoudite.