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Nigeria: manifestation chiite dispersée par des tirs à balle réelle

14 janvier 2020 à 15h33 Par AFP
La police a ouvert le feu mardi sur quelques dizaines de manifestants chiites dans le centre d'Abuja, la capitale fédérale du Nigeria, alors qu'ils demandaient la libération de leur leader, emprisonné depuis 2015, faisant cinq blessés, ont rapporté des manifestants. "Nous sommes descendus dans la rue pour demander la libération de notre Sheik Ibrahim El-Zakzaky et de son épouse, et protester contre la récente déclaration du gouverneur de Kaduna (nord), qui affirmait que tant qu'il serait gouverneur, Zakzaky ne serait pas libéré", a expliqué à l'AFP l'un des porte-parole du Mouvement Islamique du Nigeria (MIN), un groupe chiite radical."C'est inacceptable venant d'un gouverneur", a ajouté cette source, ne voulant pas que son nom soit cité. "Une cour a ordonné sa libération, mais il peut toujours empêcher la justice". La manifestation, qui a réuni quelques dizaines de membres du MIN, comme il s'en passe régulièrement à Abuja, a été dispersée par les forces de l'ordre."La police a tiré à l'aveugle sur la foule pour nous disperser et cinq personnes ont été touchées par des balles", a indiqué le porte-parole, affirmant que trois des blessés étaient des passants, et deux des membres du groupe. Un autre manifestant, contacté par l'AFP, a confirmé les tirs à balle réelle de la police et le bilan de cinq blessés. Le porte-parole de la police à Abuja, Anjugurl Manza, a assuré à l'AFP que "la police n'avait pas tiré".Le MIN, apparu comme un mouvement étudiant en 1978 avant de muer en groupe révolutionnaire, est aujourd'hui encore proche de Téhéran et suscite une grande hostilité au Nigeria, où l'élite musulmane sunnite ne cache pas ses affinités avec l'Arabie saoudite.Les manifestations du groupe sont régulièrement matées dans le sang. Zakzaky est détenu depuis décembre 2015 après que des violences eurent éclaté pendant une procession religieuse. L'armée avait tiré, faisant plus de 350 morts, pour la plupart des chiites non armés, selon des organisations de défense des droits de l'homme.Fin 2016, un tribunal fédéral avait jugé la détention de Zakzaky illégale et ordonné sa libération. Mais cette décision n'a jamais été exécutée.