Nigeria: manifestation contre la police après un scandale d'abus sexuels

10 mai 2019 à 8h47 par AFP

AFRICA RADIO

Des centaines de manifestants ont marché vendredi à Abuja pour réclamer la fin de l'impunité de la police après un récent scandale de viols et d'abus sexuels sur des dizaines de femmes arrêtées pour prostitution.

"Mon corps, ma vie", "Etre une femme n'est pas un crime", scandaient les manifestants à l'initiative de plusieurs organisations de défense des droits des femmes et de la société civile.Lors de deux raids spectaculaires, les 17 et 26 avril, des dizaines de femmes ont été arrêtées dans des boites de nuit, des bars à striptease, des hôtels ou dans les rues de la capitale fédérale nigériane au prétexte qu'elles se prostituaient - ce que plusieurs d'entre elles ont fermement nié.Des témoignages recueillis par l'AFP, accablants, ont fait état de rafles arbitraires et de multiples agressions sexuelles, par une force d'intervention spéciale mixte composée d'agents administratifs du territoire de la capitale fédérale (FCT) et de policiers.Le 29 avril, 27 des jeunes femmes arrêtées ont été présentées devant un tribunal d'Abuja et ont été condamnées à un mois de prison avec sursis et à une amende de 3.000 nairas (7,4 euros) pour prostitution.Le scandale, relayé dans la presse, a provoqué une vague d'indignation sur les réseaux sociaux et relancé le débat sur les droits des femmes dans la société nigériane.La présidence a réagi la semaine dernière, affirmant qu'une "enquête minutieuse est en cours pour comprendre ce qui s'est passé" et promettant qu'elle ne "tolérerait aucune violation des libertés" humaines.Des promesses qui laissent la société civile septique, alors que le gouvernement a déjà été condamné en 2017 pour des faits similaires par la cour de justice de la Cédéao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) et que de nouvelles arrestations ont eu lieu ces derniers jours."Nous demandons la fin des rafles de femmes, les responsables doivent rendre des comptes", a déclaré à l'AFP l'avocate de plusieurs des victimes, Jennifer Ogbogu, qui participait à la marche.Selon Me Ogbogu, cinq autres jeunes femmes ont été "cueillies" pour prostitution jeudi soir dans la rue alors qu'elles circulaient à moto ou faisaient des courses, "accusées de prostitution". "Elles sont encore au poste de police de Gwarinpa, dans la capitale administrative nigériane. On essaie de les faire libérer".