Noël au Soudan: le dernier en pays uni pour les chrétiens du nord ?

Par La rédaction

SOBA (Soudan) (AFP)

Dans une masure aux murs défraîchis de Soba, un faubourg de Khartoum, un filet de lumière éclaire le visage du père Daniele venu réconforter les fidèles sudistes inquiets pour ce qui pourrait être leur dernier Noël dans un Soudan unifié avant le référendum du 9 janvier.

"Où aller?Que faire?Jésus est avec vous, n'ayez crainte.Il est lumière, il est amour, il est le +prince de la paix+", dit à la tribune de fortune le religieux italien en arabe vernaculaire, à la centaine de Sudistes entassés dans ce lieu improbable.

Au fond d'une cour en terre de Soba al-Mahatta, ancien camp de déplacés sudistes pendant la guerre civile Nord-Sud (1983-2005), une petite salle de classe aux murs décatis, aux toits en tôle, décorée de guirlandes bon marché et égayée d'un petit sapin en plastique, a été reconvertie en église pour cette messe de minuit.

Dans ce lieu modeste, éclairé par quelques chandelles et la lumière crue d'une ampoule, résonnent les cantiques d'un choeur enthousiaste, rythmés par des tambours percutants."Alléluia", répète le choeur, rejoint par les jeunes fidèles, et entrecoupé des youyous stridents des femmes aux tuniques colorées.

"Avec le référendum qui s'en vient, nous prions pour la paix.Nous ne voulons pas que le sang soit à nouveau versé", souffle Joseph, un Sudiste rêvant de quitter la capitale soudanaise pour rentrer dans sa ville natale de Torit, au Sud-Soudan.

A l'approche du référendum d'autodétermination du Sud-Soudan du 9 janvier, des dizaines de milliers de Sudistes chrétiens vivant dans le nord du pays sont rentrés au Sud, un retour souvent difficile pour ceux qui ont désiré pendant deux décennies une terre qui a changé sans eux.

Des milliers d'autres Sudistes envisagent de suivre ce mouvement après le scrutin qui devrait mener à la partition du plus vaste pays d'Afrique, divisé entre un Nord musulman et un Sud en grande partie chrétien.

"Les statistiques disaient qu'il y avait environ 500.000 chrétiens à Khartoum, soit 10% de la ville, mais il y en a moins maintenant", relève le père Daniele, appelé "Abouna Daniele" (notre père Daniele).

Depuis la fin de la guerre en 2005, deux millions de Sudistes ont regagné le Sud.Une nouvelle vague de migration a commencé à l'automne à l'approche du référendum.Les analystes, la population et même la classe politique nordiste pronostiquent un triomphe de l'option sécessionniste lors du scrutin, mais le spectre de la guerre hante toujours les esprits.

"Beaucoup de nos fidèles sont effrayés, nous essayons de les calmer", souligne le père Daniel.

Khartoum, ville de cinq millions d'habitants aux faubourgs sans fin, se vide progressivement de ses Sudistes, qui forment la majorité des chrétiens de la capitale, où vit aussi une communauté copte.

Islamiste, le président soudanais Omar el-Béchir, tout en s'affichant avec des dignitaires chrétiens et n'hésitant pas à pousser des "alléluia", a affirmé la semaine dernière que la charia (loi islamique) serait "l'unique source" de la loi au Nord-Soudan en cas de sécession du sud.

Après la guerre civile, Nordistes et Sudistes avaient promulgué une Constitution intérimaire qui reconnaissait le caractère "multiethnique", "multiculturel" et "multiconfessionnel" du Soudan.Mais le texte n'est valable que jusqu'à l'été 2011.

Les propos du président Béchir ont fait trembler de nombreux chrétiens, et même des musulmans, qui craignent la renaissance d'un Etat islamique.

"J'espère seulement que les mots du président resteront des mots, et qu'ils ne seront pas traduits en actes.Déjà, il y avait moins de chrétiens à la messe ce Noël", résume Cornelius, un jeune Sudiste de Khartoum.