Normalisation Israël-Maroc: premier vol direct, premiers accords

22 décembre 2020 à 17h40 par AFP

AFRICA RADIO

L'avion effectuant le premier vol commercial direct entre Israël et le Maroc s'est posé mardi à Rabat en provenance de Tel-Aviv, premier grand acte de la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays sous l'égide des Etats-Unis.

Jared Kushner, gendre et conseiller du président américain sortant Donald Trump, et un conseiller du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se trouvaient à bord de l'appareil de la compagnie israélienne El Al. 

La délégation a été accueillie à l'aéroport de Rabat par des responsables locaux, sans fanfare, loin de la grande cérémonie organisée pour le départ de Tel-Aviv.

Elle s'est ensuite rendue au mausolée royal où elle s'est recueillie sur les tombes des défunts roi Mohammed V et Hassan II. Une audience à huis clos avec l'actuel monarque Mohammed VI était prévue en fin de journée. 

Le Maroc est le quatrième pays arabe à annoncer cette année une normalisation de ses relations avec Israël sous l'impulsion de l'administration Trump, après les Emirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan. 

Jusque-là, les quelque 50.000 à 70.000 touristes qui venaient chaque année d'Israël, pour beaucoup originaires du Maroc, devaient passer par d'autres pays pour se rendre dans le royaume.

Le pays compte toujours la plus importante communauté juive d'Afrique du Nord (environ 3.000 personnes) et reconnaît dans sa Constitution son "affluent hébraïque".

"Le Maroc a un rôle historique dans le rapprochement des peuples dans la région", a déclaré au quotidien Al Ahdath Al Maghribia Jared Kushner, architecte du plan Trump pour le Moyen-Orient dénoncé par les Palestiniens. 

Dans un message diffusé à bord de l'avion après l'atterrissage, M. Netanyahu a salué "un vol historique, une nouvelle percée majeure pour la paix".

"Nous sommes impatients de voir plus de pays arabes et musulmans établir des relations avec Israël", a dit à l'AFP son porte-parole Ofir Gendelman.

"Nous avons fait beaucoup de repérage d'investissement en coulisse au Maroc.C'est une porte vers l'Afrique", avait confié durant le vol le directeur exécutif de l'agence américaine de développement DFC, Adam Boehler, en tablant sur "un memorandum de plusieurs milliards de dollars mais aussi des annonces d'investissements individuels". 

La visite doit s'achever mardi par la signature d'accords bilatéraux (connexion des systèmes financiers, visas diplomatiques et gestion de l'eau), et à terme, le lancement de liaisons aériennes directes.

- Sahara occidental et Palestiniens -

En acceptant de relancer officiellement ses relations avec Israël, le Maroc a obtenu en contrepartie que le président Trump reconnaisse sa "souveraineté" sur le Sahara occidental, une ex-colonie espagnole que lui disputent depuis des décennies les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l'Algérie.

L'accord propose d'ailleurs l'ouverture d'un consulat américain au Sahara occidental et un programme d'investissement américain, la réouverture de bureaux diplomatiques à Tel-Aviv et Rabat, fermés au début des années 2000, et le développement de la coopération économique bilatérale.

Mais comme le Sahara occidental, le soutien aux Palestiniens est considéré une "cause nationale" au Maroc. 

Les Palestiniens s'opposent à une normalisation des relations entre Israël et le monde arabe, avant un accord de paix israélo-palestinien.

Dès l'annonce de la reprise des relations diplomatiques le 10 décembre, le roi Mohammed VI avait assuré au président palestinien Mahmoud Abbas la poursuite de "l'engagement permanent et soutenu du Maroc en faveur de la cause palestinienne juste".

Si la reconnaissance américaine de la "marocanité du Sahara" a été largement saluée dans le royaume, deux manifestations pro-palestiniennes ont été interdites la semaine dernière à Rabat.

Mardi, une coalition regroupant une trentaine d'associations et de partis d'extrême gauche marocains, a dénoncé la visite de la "délégation sioniste", appelant à "résister à la normalisation" avec Israël. 

- "Relations pleines" -

Israël, qui compte des centaines de milliers de juifs d'origine marocaine, et le Maroc, où vit encore la communauté juive la plus importante d'Afrique du Nord, avaient déjà entretenu des relations officielles à la fin des années 1990.

Selon des sources officielles israéliennes, il s'agit désormais de "rétablir" des relations qui existaient déjà pour atteindre des "relations diplomatiques pleines". 

Présente au Maroc depuis l'Antiquité, la communauté juive a crû au cours des siècles, notamment avec l'arrivée des Juifs expulsés d'Espagne dès 1492, pour atteindre environ 250.000 âmes à la fin des années 1940, avant de baisser drastiquement après la création d'Israël en 1948.

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