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"On ne veut pas la bagarre": les électeurs guinéens entre crainte et espoir

18 octobre 2020 à 10h45 Par AFP
Ils étaient là par dizaines, tôt dimanche matin, à glisser leur bulletin dans l'urne pour choisir le prochain président de la Guinée, le coeur partagé entre les craintes de violences post-électorales et l'espoir d'un avenir meilleur.

L'école primaire Federico Mayor de Kaloum, quartier de Conakry où se trouvent les centres de décision guinéens, est une sorte d'oasis éducatif au bord de l'Océan atlantique, avec vue sur les chalutiers, au milieu d'arbres géants. 

Plusieurs bureaux de vote ont été installés dans les salles de classe.Au mur, une grande inscription: "L'enfant n'est pas un vase qu'on remplit mais un feu qu'on allume". 

Avant même l'heure officielle du début des opérations, fixée à 08H00 (GMT et locales), c'est la grosse agitation parmi les électeurs, les observateurs, le personnel chargé de conduire les opérations.Dans les salles, des représentants des candidats surveillant le vote.

La température est clémente et il est même tombé quelques gouttes de pluie, une bénédiction.Les forces de sécurité sont en nombre mais restent discrètes.

Les Guinéens doivent lors de ce premier tour départager 12 candidats, dont deux femmes.Les deux favoris sont le président sortant, Alpha Condé, 82 ans, et le leader d'opposition Cellou Dalein Diallo, 68 ans.

La campagne a été émaillée d'invectives, d'incidents et d'obstructions, de heurts qui ont fait plusieurs blessés entre militants.

De l'issue du scrutin, qui ouvre une séquence électorale chargée en Afrique de l'Ouest, Mohamed Fode Camara attend "la paix", ainsi qu'une évolution favorable "pour l'emploi des jeunes et contre la pauvreté".

Cet administrateur civil au ministère des Affaires sociales, qui estime qu'Alpha Condé "a déjà fait beaucoup en 10 ans", dit "craindre le jour de la proclamation des résultats"."Dieu va nous sauver Inch' Allah.On veut la paix, pas la bagarre".

A l'école Federico Mayor, les opérations se déroulaient sans tension apparente.On entre, on donne son nom avec sa carte d'électeur et les agents le cherchent sur des listes interminables.Puis ils donnent les bulletins, on se retire derrière l'isoloir, on met celui de son choix dans une enveloppe, puis dans l'urne transparente. 

On trempe ensuite son doigt dans un pot d'encre violette indélébile, pour ne pas aller voter ailleurs. 

- "La vie est dure" -

C'est ce qu'a fait Mamadou Alpha Barry, T-shirt clair, oreillettes sur la tête, un des très rares à porter un masque.A 37 ans, il dit qu'il a fini ses études de médecine en 2013 et qu'il cherche toujours un emploi. 

"C'est un jour très important, très spécial.Nous attendons beaucoup de changements, surtout pour l'emploi des jeunes, un changement des conditions de vie, car la vie est dure pour 95% des Guinéens", explique M. Barry.

"Je suis très inquiet, on a vu beaucoup de choses pendant la campagne.Les Guinéens sont divisés.J'attends un président qui les réconcilie et qui montre que nous sommes une seule et même famille", ajoute-t-il. 

Aicha Camara, commerçante de 42 ans, est venue tôt également, parce que c'est important et qu'elle doit retourner au travail."On a un bon président, on a la liberté", dit-elle.Sur les difficultés économiques du pays, elle est plus évasive: "On ne peut pas tout dire". 

La commerçante est elle aussi inquiète."Il y a des gens qui veulent quelqu'un d'autre.Il y a de gros risques le jour de la proclamation des résultats.Là où on va, on ne sait pas".