Ouganda: 64 morts, 65 blessés dans 2 attentats pendant la retransmission du Mondial

12 juillet 2010 à 9h57 par La rédaction

KAMPALA (AFP)

Au moins 64 personnes ont été tuées et 65 blessées dans un double attentat dimanche soir contre deux restaurants qui retransmettaient la finale du Mondial à Kampala, selon la police qui a mis en cause les islamistes somaliens shebab liés à Al-Qaïda.

Le président ougandais Yoweri Museveni a condamné lundi "la lâcheté" des auteurs du double attentat.

"Les gens qui regardent du football ne sont pas des gens qui doivent être pris pour cible", a déclaré le chef d'Etat ougandais en se rendant sur les lieux d'un des deux attentats."Si (les auteurs des attentats) veulent se battre, qu'ils s'en prennent à des soldats", a-t-il poursuivi.

L'attentat a pu être provoqué par deux kamikazes, ou par des bombes déposées sous des sièges, selon les premiers éléments de l'enquête.

Un site en langue somali proche des shebab, somalimemo.net, a relevé "qu'il n'était pas encore confirmé que les Shebab étaient derrière cette attaque", mais que si cela s'avérait, "la guerre entre musulmans et non musulmans prendrait un nouveau visage".A ce jour, les insurgés shebab n'ont jamais mené d'attentats hors du territoire somalien.

 Ce double attentat est le plus meurtrier commis en Afrique de l'Est depuis les attaques suicide contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar es-Salaam qui avaient fait plus de 200 morts le 7 août 1998.

Les deux bombes ont explosé dans un restaurant éthiopien du sud de la capitale ougandaise et dans le bar d'un club de rugby de l'est de la ville, provoquant un carnage parmi la foule réunie pour regarder à la télévision la finale de la Coupe du monde de football Espagne-Pays-Bas.

"Il y a des indices qui suggèrent la présence de kamikazes, mais en même temps il est possible qu'il y ait eu des bombes déposées sous des chaises", a déclaré à la presse un porte-parole du gouvernement, Fred Opolot.

 Le président américain Barack Obama a indiqué que les Etats-Unis étaient "prêts à fournir toute aide demandée" par le gouvernement ougandais, alors qu'au moins un ressortissant américain a été tué, selon l'ambassade américaine.

L'Union africaine a "condamné (un) acte dirigé contre un pays africain engagé activement dans la promotion des objectifs de l'UA"."Cet acte de terrorisme ne fera que renforcer les liens très forts entre les peuples somalien et ougandais", a commenté le président somalien Sharif Cheikh Ahmed.

Le chef de la police ougandaise, Kale Kayihura, a lié ce double attentat aux menaces récentes des insurgés islamistes shebab en Somalie de s'en prendre à l'Ouganda et au Burundi, les deux pays qui ont envoyé les 6.000 soldats composant la force de paix de l'Union Africaine en Somalie (Amisom).

Cette force de paix chargée de protéger le très fragile gouvernement provisoire du président Sharif Cheikh Ahmed, élu début 2009, est considérée comme une force d'occupation par les Shebab, qui contrôlent la plus grande partie de la Somalie et ont fait voeu d'allégeance à Al-Qaïda.

"Il y a eu des déclarations de la part des Shebab et d'Al-Qaïda.Le terrorisme est une menace de nos jours.Vous connaissez la région où nous sommes et notre engagement en Somalie", a déclaré M. Kayihura."Evidemment, il s'agit de terrorisme.Cela est clair".

Le 5 juillet, le chef des Shebab, Ahmed Abdi Godane, avait à nouveau appelé les Somaliens à s'unir pour chasser de Somalie l'Amisom.

Le même jour, l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), qui regroupe six pays d'Afrique de l'Est, avait décidé de déployer rapidement 2.000 hommes supplémentaires au sein de l'Amisom, pour porter la force à un peu plus de 8.000 soldats.

Cette offre doit être examinée par le prochain sommet de l'UA convoqué à Kampala du 25 au 27 juillet.Le porte-parole ougandais Fred Opolot a assuré que ce sommet "aura lieu pour sûr" mais avec une sécurité renforcée.