Ouganda: la police empêche l'opposant Bobi Wine de s'adresser à ses partisans

Par AFP

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La police ougandaise a indiqué jeudi avoir empêché le populaire chanteur Bobi Wine, principal adversaire déclaré du sortant Yoweri Museveni à la présidentielle du 14 janvier, de rassembler ses partisans, invoquant les règles sanitaires relatives au Covid-19, mais a nié l'avoir arrêté.

"Merci de ne pas tenir compte des affirmations fausses" selon lesquelles Robert Kyagulanyi - dont Bobi Wine est le nom d'artiste - "a été arrêté pendant qu'il faisait campagne" dans la région du lac Victoria, a indiqué la police ougandaise dans un communiqué.La police précise toutefois qu'il est "actuellement transféré vers son domicile" de Kampala, à une centaine de km de là, après avoir été "empêché de continuer à organiser des rassemblements de masse, sur fond de menaces accrues du coronavirus et au mépris total des directives sanitaires".Plusieurs membres de son équipe ont eux été arrêtés, après avoir été filmés "dégonflant les pneus de véhicules de police, incitant à la violence, bloquant des policiers en service, violant les protocoles sanitaires et commettant plusieurs infractions routières", selon la police.L'entourage de M. Museveni montre de nombreux signes de nervosité à l'encontre de Bobi Wine et la campagne électorale se déroule dans un climat de violences et de répression.M. Wine a été arrêté à plusieurs reprises. Une énième arrestation mi-novembre a déclenché de violents affrontements entre ses partisans et la police, faisant au moins 54 morts, selon M. Museveni.L'opposant avait été libéré après deux jours de garde à vue et inculpé d'"actes susceptibles de propager une maladie infectieuse" et infractions aux "règles sur le Covid-19".Les partisans de M. Wine remarquent que M. Museveni peut, sous couvert de déplacements officiels, faire campagne devant de larges foules, sans que la police ne réagisse.Jeudi l'avocat de M. Wine, Nicholas Opiyo, défenseur respecté des droits humains et figure de la société civile, a été remis en liberté sous caution, une semaine après avoir été arrêté et inculpé de blanchiment d'argent, des poursuites largement qualifiées de "politiques".Fondateur et directeur de l'ONG Chapter Four, très active en Ouganda dans la défense des libertés civiles, M. Opiyo, 40 ans, est également l'avocat de nombreux militants des droits humains ou de la cause homosexuelle.Il a été inculpé le 24 décembre de blanchiment d'argent pour avoir reçu sur le compte bancaire de Chapter Four un don de 340.000 dollars "en ayant connaissance (...) que ces fonds étaient le produit d'un crime", selon l'acte d'accusation qui ne précise ni l'origine de cet argent ni à quelle infraction il serait lié.Jeudi, la juge Jane Okuo Kajuga a rejeté la demande du Parquet de maintenir M. Opiyo en détention et l'a remis en liberté contre une caution équivalente à 3.300 euros. Des représentants de la société civile ougandaise et des diplomates des Etats-Unis et de plusieurs pays européens ont assisté à l'audience.L'ambassade des Etats-Unis a salué sur Twitter la libération de M. Opiyo, ajoutant que "ceux qui minent la démocratie" subiront "des conséquences".Mercredi, plusieurs rapporteurs spéciaux de l'ONU sur les Droits humains ont dénoncé des "chefs d'accusations fictifs" contre M. Opiyo, critique éloquent du régime Museveni, et des poursuites "semblant uniquement liées au contexte électoral" en Ouganda.La vice-présidente du Parlement européen, la finlandaise Heidi Hautala, avait appelé sur Twitter à "un procès équitable" pour M. Opiyo, "arrêté sur des bases malveillantes et fabriquées".