Polémique sur la présence de Béchir au Tchad malgré des mandats de la CPI

22 juillet 2010 à 10h29 par La rédaction

N'DJAMENA (AFP)

La participation à un sommet régional à N'Djamena du président soudanais Omar el-Béchir, recherché par la Cour pénale internationale (CPI), continuait jeudi de faire polémique, le Tchad ayant assuré qu'il ne sera pas inquiété malgré des appels à son interpellation.

M. Béchir est arrivé mercredi après-midi dans la capitale tchadienne pour participer au sommet de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad), qui doit s'ouvrir jeudi à 13H00 GMT, selon le protocole d'Etat tchadien.

"Ma présence à N'Djamena témoigne de notre volonté de tourner la page après les différends qui ont opposé nos deux pays", avait-il affirmé à l'aéroport.

"Nous avons tourné ensemble, avec mon frère Béchir, la page sombre de notre Histoire", avait déclaré son homologue tchadien Idriss Deby Itno.

Les deux chefs d'Etat ont jeté les bases de relations "normalisées" par un accord signé en janvier, après cinq ans de guerres par rébellions interposées, et leurs régimes, en gage de bonne foi, ont récemment refoulé ou expulsé des chefs rebelles du pays voisin.

Depuis lors, N'Djamena suit la position de l'Union africaine (UA), qui a décidé de ne pas coopérer avec la CPI après l'émission en mars 2009 d'un premier mandat d'arrêt contre M. Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour (ouest du Soudan), limitrophe du Tchad.

L'UA a maintenu cette position après le second mandat de la CPI, lancé ce mois-ci, pour génocide dans la même région en guerre civile depuis sept ans (300.000 morts selon l'ONU, 10.000 d'après Khartoum).

Mercredi, le ministre tchadien de l'Intérieur, Ahmat Mahamat Bachir avait assuré que M. Béchir n'aurait "rien à craindre" durant son séjour à N'Djamena."Ce n'est pas au Tchad qu'el-Béchir sera arrêté.(...) Nous ne dépendons pas des injonctions des organisations internationales", avait-il soutenu.

Le Tchad a ratifié le statut de Rome - fondateur de la CPI - qui lui fait "obligation de coopérer avec la Cour", avait souligné la CPI, de même que le gouvernement américain.Les ONG Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International ont demandé à N'Djamena de livrer M. Béchir à la Cour.

Au Tchad, des voix se sont aussi élevées jeudi en faveur de l'arrestation du président soudanais, mais l'homme de la rue estimait généralement que sa visite était une chance de vraie paix entre les deux voisins.

Dans un communiqué, le Collectif des associations de défense des droits de l'Homme (CADH), qui regroupe six organisations locales, a exprimé "son indignation".Il "exige des autorités tchadiennes son arrestation pour le mettre à la disposition de la CPI" et demande aux Tchadiens "de s'opposer à son séjour par tous les moyens légaux".

"Le Tchad montre qu'il est pour l'impunité en laissant el-Béchir venir à N'Djamena.On ne peut pas ratifier des conventions et les fouler au pied", a affirmé à l'AFP un de ses membres, Maxime Naguilem.

L'opposant Toko Manassé, président de la Convention nationale pour la paix et le Développement du Tchad (CNPDT), a jugé "anormal que le Tchad signe des conventions internationales" sans les respecter.

"En acceptant qu'el-Béchir participe à ce sommet (de la Cen-Sad), le Tchad fait comprendre à l'opinion qu'il est complice de ce qui s'est passé au Darfour et dans l'est du Tchad", théâtre d'attaques armées dont certaines ont été attribuées à des milices soudanaises, a dit M. Manassé à l'AFP.

Les avis de ces militants de droits de l'Homme et opposant ne sont toutefois pas partagés par Jonas Issa, fonctionnaire."Il faut avoir le courage de reconnaître que ce que el-Béchir a fait au Tchad n'est pas bon, mais si (sa venue) c'est pour la paix, pourquoi pas?", a insisté M. Issa.