Pour les Etats-Unis, la Chine agit "sans morale" en Afrique, selon Wikileaks

9 décembre 2010 à 10h25 par La rédaction

PEKIN (AFP)

Dans l'expansion de ses intérêts en Afrique, la Chine est un concurrent économique "pernicieux" et "dénué de sens moral", a estimé un haut responsable américain, selon des télégrammes diplomatiques diffusés par le site WikiLeaks.

Les Etats-Unis, préoccupés par le poids croissant de Pékin dans ce continent, ont surveillé attentivement ces dernières années les projets, cas de corruption et déconvenues des Chinois, révèlent aussi ces documents secrets américains divulgués mercredi.

"La Chine est un concurrent économique très agressif et pernicieux, dénué de sens moral.La Chine n'est pas en Afrique pour des raisons altruistes", a assuré le secrétaire d'Etat adjoint aux Affaires africaines, Johnnie Carson, dans un télégramme du 23 février adressé au consul général des Etats-Unis à Lagos.

"La Chine est en Afrique d'abord pour la Chine", a insisté M. Carson, en citant notamment l'objectif de Pékin de "s'assurer des votes aux Nations unies de la part des pays africains".

Dans un des câbles dévoilés, l'ambassade des Etats-Unis à Nairobi décortique un pot-de-vin versé dans le cadre d'une attribution de marché de la compagnie de téléphone Telkom Kenya à une entreprise chinoise, Zhongxing Telecommunications Equipment Company (ZTE), dont les produits envahissent l'Afrique.

Le télégramme note aussi que le pays est "submergé" par de la "contrefaçon chinoise" qui concurrence des produits américains, telles que "les batteries", tandis que des masses de travailleurs chinois arrivent au Kenya et y menacent l'emploi.

Le même télégramme fait état d'une conversation avec un responsable de l'organisme chargé des parcs, le KWS.Il cite un rapport du KWS qui avance que "90% des contrebandiers d'ivoire détenus à l'aéroport (de Nairobi) sont des Chinois".

Au Nigeria, les ambitions de la Chine inquiètent plus les Américains.Le pays est le premier fournisseur africain de pétrole de la Chine et pour Pékin, il s'agit d'y "sécuriser" la continuité de ses approvisionnements pétroliers.Les diplomates américains voient avec effarement qu'en 2004, par exemple, la Chine "a promis de financer le forage de près de 600 puits" au Nigeria, tandis que les Etats-Unis n'en "finançaient que 50".

De même, ils scrutent les activités de la Chine en Angola, riche de ses ressources pétrolières et minières.Un télégramme décrit comment, après la fin de la guerre civile, "en l'absence d'une conférence internationale de bailleurs de fonds occidentaux pour l'aider à financer sa reconstruction, l'Angola s'est tourné vers les Chinois".

Mais peu à peu se dessine une série de ratés."Le rythme endiablé des engagements chinois en Angola s'est considérablement ralenti en 2009 quand la crise financière mondiale a taillé dans les revenus du pétrole et des diamants angolais, entraînant des réductions des dépenses du gouvernement angolais.

Selon l'ambassadeur de Chine à Luanda, Pékin a été obligé de rapatrier plus de 25.000 travailleurs, faute d'argent du gouvernement angolais pour les payer, notent les documents révélés par WikiLeaks.