"Pourquoi Marrakech?": la cité historique abattue après un attentat meurtrier

29 avril 2011 à 9h49 par La rédaction

MARRAKECH (Maroc) (AFP)

"Pourquoi Marrakech?".Des Marocains par dizaines, et quelques touristes, contemplaient vendredi d'un air abattu la façade soufflée du café Argana, sur la célèbre place Jamâa El-Fna, victime la veille d'un attentat qui a tué 16 personnes.

Seuls les pots d'échappement des mobylettes des badauds venus constater les dégâts après l'attentat brisent le lourd silence régnant sur Jamâa El-Fna, en pleine medina de Marrakech, place emblématique datant du XIe siècle, d'ordinaire bouillonnante de l'aube jusqu'au soir.

"Ce qui s'est produit est impensable!C'est un coup porté au coeur du Maroc", regrette Tahar Fatimi, dentiste franco-marocain de 50 ans, en vacances à Marrakech depuis dimanche avec ses deux filles adolescentes.

"Avant-hier même, nous avons pris un verre au café Argana, et j'ai fait un film depuis la terrasse où a eu lieu l'explosion.Nous sommes très choqués, mes filles ne comprennent pas, elles ont peur en pensant qu'elles auraient pu y être", poursuit-il, la mine désolée.

 Comme lui, des dizaines de Marocains, encore incrédules, sont aussi venus, tôt le matin, regarder la façade défigurée du café Argana avant d'aller travailler.Une barrière de sécurité a été installée, empêchant de s'approcher à moins d'une quinzaine de mètres de l'entrée de l'établissement.

"Marrakech est une ville si pacifique, les gens sont généreux et aiment tout le monde ici, on est très choquées", confie Zineb El Alaoui, étudiante de 23 ans, montée à mobylette derrière sa soeur.

"Nous pensons que ce sont des étrangers qui ont fait ça, des Marocains ne pourraient pas", assure la jeune femme voilée et maquillée.

Sur la terrasse située l'étage du café, où a eu lieu l'explosion, les vitres ont été brisées, le mobilier est sans dessus dessous, les tonnelles se sont effondrées.L'écriteau "Restaurant Argana" a perdu son E. Le ciel est nuageux.Des agents de la police scientifique recueillent patiemment des traces pouvant faire avancer l'enquête.

L'aspect de cette vaste place d'ordinaire si vivante, où des milliers de touristes grouillent chaque jour, parmi conteurs, poètes, ou dresseurs de singe, "est si différent ce matin", regrette Abdelkadir Radbibi, vendeur de jus d'orange depuis 1966 sur la place.

De mémoire de commerçant, "on n'a jamais vu quelque chose de pareil ici", assure-t-il, le visage déconfit, derrière une montagne d'oranges.

Au grand désespoir d'Abdelkadir et des autres vendeurs de la place, ce matin les clients ne sont pas au rendez-vous."D'habitude on travaille à plein pot à cette heure-ci", assure Mohammed, 17 ans d'expérience de vendeur à Marrakech.La ville ocre, dominée par l'Atlas, est l'une des destinations les plus prisées du Maroc, un pays vivant en bonne partie du tourisme.

Annalise et Paul, deux touristes australiens de 24 et 30 ans, se trouvaient dans le souk, à deux pas du café Argana, jeudi, lors de l'explosion."Pourquoi Marrakech?", se demande le jeune homme, "c'est une ville normalement si paisible, cela montre que le terrorisme peut frapper n'importe où", assure-t-il.

"Nous sommes très surpris mais on n'a pas peur", poursuit Annalise, qui affirme n'avoir pensé à "aucun moment" à changer son programme de voyage après l'attentat.