Présidentielle: Déby rencontre l'un de ses plus farouches opposants

Par AFP

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Idriss Déby Itno, qui dirige d'une main de fer le Tchad depuis 30 ans et dont le régime réprime violemment toute velléité d'opposition dans la rue à l'approche d'une présidentielle qu'il semble assuré de remporter, a annoncé avoir rencontré mardi l'un de ses plus farouches opposants.

Succès Masra, le jeune leader du mouvement Les Transformateurs, est apparu en compagnie de M. Déby sur des photos postées par ce dernier sur sa page Facebook, un mois après que cette figure montante de l'opposition se fut réfugiée six jours durant sur le parvis de l'ambassade des Etats-Unis à N'Djamena pour échapper aux policiers qui réprimaient violemment des manifestations interdites réclamant "une alternance au pouvoir".D'ordinaire critique extrêmement virulent, M. Masra est apparu souriant au côté du chef de l'Etat, qui briguera un sixième mandat le 11 avril. Une rencontre qui a créé la surprise dans les médias locaux et sur les réseaux sociaux."J'ai reçu cet après-midi mon jeune compatriote Dr Succès Masra et nos échanges ont porté sur quelques sujets en lien avec la vie nationale", a commenté M. Déby sur sa page Facebook.La rencontre "a duré plus de deux heures (...) et nous avons proposé au président de surseoir à l'élection présidentielle et d'organiser maintenant un dialogue avec tous les acteurs (...) pour définir ensemble les conditions d'une transition vers un nouveau Tchad", a assuré à l'AFP M. Masra, dont la candidature à la présidentielle a été invalidée au motif qu'à 38 ans, il n'avait pas l'âge minimal de 40 ans requis.Cette demande de reporter le scrutin pour organiser un dialogue national inclusif est constant chez une partie des opposants depuis plusieurs mois mais, jusque récemment, M. Masra, à l'unisson des plus virulents, réclamait ni plus ni moins que le départ de M. Déby du pouvoir.Le gouvernement interdit depuis des mois toutes les manifestations pourtant présentées comme "pacifiques" par l'opposition et fait disperser violemment tout début de rassemblement. C'est à l'occasion d'une de ces manifestations que M. Masra a fui le 6 février la charge des policiers pour se réfugier sur le parvis de l'ambassade américaine. Après 6 jours de négociations, il a pu rentrer chez lui sans être inquiété.Dix-sept personnes, dont M. Déby, avaient déposé leur candidature à la présidentielle mais la Cour suprême en a invalidé sept, puis quatre se sont retirés de la course en accusant le régime de M. Déby de "violences" et de "militariser" la campagne.Amnesty international a dénoncé des "restrictions non nécessaires et disproportionnées du droit à la liberté de réunion pacifique" et des "arrestations arbitraires". Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres a "déploré le recours à la force dans le cadre du processus électoral au Tchad".