Présidentielle en Gambie: le recours de Jammeh examiné en janvier

22 décembre 2016 à 8h24 par La rédaction

Banjul (Gambie) (AFP)

La perspective d'une sortie rapide de l'impasse post-électorale en Gambie semblait s'éloigner mercredi, Yahya Jammeh ayant réitéré son refus de céder le fauteuil de président sans décision sur son recours soumis à la Cour suprême, qui a fixé son audience au 10 janvier.

Mercredi, le président de la Cour suprême, le juge nigérian Emmanuel Fagbenle, a annoncé que son institution examinera le 10 janvier le recours déposé par le parti au pouvoir, soit neuf jours avant l'expiration du mandat de M. Jammeh selon le délai constitutionnel.

Yahya Jammeh, qui a gouverné 22 ans sans partage ce petit pays anglophone de moins de deux millions d'habitants en Afrique de l'Ouest, avait d'abord reconnu sa défaite le 2 décembre, et même félicité le vainqueur déclaré, Adama Barrow.

Puis il a fait volte-face le 9 décembre: il a rejeté les résultats et exigé un nouveau vote en arguant d'irrégularités dans la comptabilisation des résultats par la Commission électorale indépendante (IEC).

Depuis ce revirement, il est sous pression de plusieurs pays et institutions, dont la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays) et l'ONU, qui lui demandent de céder le fauteuil le 19 janvier et de permettre une transition apaisée.

Pour l'en convaincre, la Cédéao avait dépêché une délégation de quatre chefs d'Etats à Banjul le 13 décembre, accompagnée d'un représentant de l'ONU.Sans succès. 

Le même jour, le parti de M. Jammeh a saisi la Cour suprême pour demander l'annulation des résultats accordant la victoire à M. Barrow. 

Selon des experts, ce recours lui permet de gagner du temps d'autant qu'il implique la nomination, par le chef de l'Etat, de juges étrangers.La Gambie sollicite souvent des juges d'autres pays anglophones pour renforcer son système judiciaire.

Selon plusieurs sources, y compris dans le milieu judiciaire, la Cour suprême n'avait pas siégé depuis mai 2015 en raison de juges manquants.

- Juges "nommés depuis juin 2016" -

Mercredi, Emmanuel Fagbenle a assuré à la presse que la Cour suprême (7 membres au total) n'était pas en sommeil et que ses juges "ont été nommés depuis juin 2016".Ils sont attendus en janvier en provenance de Sierra Leone et du Nigeria, et prêteront serment avant le début de l'audience, a-t-il indiqué, sans plus de détails.

Aucun calendrier n'était disponible sur la durée de la procédure.

Le 17 décembre à Abuja, la Cédéao a réitéré sa demande à M. Jammeh et décidé de "garantir la sécurité et la protection" de M. Barrow.Ses dirigeants ont aussi promis de se rendre à Banjul pour son investiture le 19 janvier. 

Auparavant, le président de la Commission de la Cédéao, Marcel Alain de Souza, avait évoqué des décisions "les plus draconiennes" possibles si la diplomatie échouait, qualifiant l'option militaire de "solution envisageable".

"La Cédéao essaie de me pousser dehors.Cela n'arrivera pas", a martelé Yahya Jammeh dans une déclaration diffusée tard mardi soir par la télévision publique gambienne.

Dans une longue diatribe, il a dénoncé pêle-mêle ses opposants, l'Occident, des "menaces" à son encontre.Il a aussi accusé la Cédéao d'être manipulée par un "gouvernement étranger" non africain qu'il n'a pas identifié.

"Tant que la Cour n'aura pas rendu sa décision sur cette affaire, il n'y aura pas d'investiture le 19 janvier.Et nous verrons ce que la Cédéao et les grandes puissances derrière elle pourront faire", a-t-il soutenu, en prévenant: "Ce conflit ne pourra être réglé pacifiquement s'il y a des menaces".

Pourtant, mardi, l'opposition a semblé lui tendre la perche, lui assurant qu'il ne serait pas poursuivi après son départ du pouvoir, alors que beaucoup en Gambie espèrent le voir jugé pour les nombreuses violations des droits de l'Homme dont son régime est accusé.

La Cédéao a demandé si le prochain pouvoir "envisageait de poursuivre Yahya Jammeh.Il n'y a aucune indication de menace ou de nécessité de menace (de poursuites) contre" lui, a déclaré à l'AFP Halifa Sallah, porte-parole de la coalition de l'opposition. 

Il sera traité "comme un ancien chef d'Etat" durant sa retraite, a ajouté M. Sallah.