Présidentielle en Gambie: un défi inédit pour le président sortant

1er décembre 2016 à 15h24 par La rédaction

Banjul (Gambie) (AFP)

Les Gambiens votaient jeudi pour désigner leur nouveau président, la première élection qui ne paraissait pas jouée d'avance pour le sortant Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 22 ans, face au candidat d'une large coalition d'opposition, Adama Barrow.

Ce scrutin à fort enjeu dans cette ex-colonie britannique d'Afrique de l'Ouest, enclavée dans le territoire du Sénégal, hormis sa façade sur l'Atlantique, se tenait sur fond de graves perturbations des télécommunications.

Depuis mercredi soir, peu après 20H00 (locales et GMT), le réseau internet était coupé.Les appels internationaux et SMS de et vers la Gambie ne passaient pas, mais les communications à l'intérieur du pays fonctionnaient, selon des journalistes de l'AFP.

Quelque 890.000 électeurs, sur près de 2 millions d'habitants, devront départager Yahya Jammeh, Adama Barrow - patron d'agence immobilière auparavant inconnu du grand public et ayant attiré des foules pour ses rassemblements - et Mama Kandeh, ancien député du parti au pouvoir, candidat d'une nouvelle formation, tous âgés de 51 ans.

A Banjul, la capitale, de longues files d'électeurs - incluant des membres des forces de défense en uniforme - étaient visibles devant les bureaux de vote, qui doivent fermer à 17H00.

Les premiers résultats sont attendus dans la nuit de jeudi à vendredi.

"Par la grâce de Dieu Tout-Puissant, ce sera le plus grand raz-de-marée de l'histoire de mes élections dans ce pays", a lancé Yahya Jammeh après avoir voté au bureau installé au siège de la Fédération de cricket de Banjul.Comme à son habitude, il portait un boubou blanc et des lunettes noires, tenant un Coran et un sceptre.

Yahya Jammeh, porté au pouvoir par un coup d'Etat en 1994, a été élu pour la première fois en 1996 puis réélu trois fois.

Joint par téléphone peu avant d'aller voter, l'opposant Adama Barrow s'est redit sûr de sa victoire: "C'est très clair, c'est écrit que je vais gagner!".

Il a fustigé la coupure d'Internet."Les Gambiens doivent savoir ce qui se passe, les médias sociaux sont très importants pour cette élection", a-t-il dit.

- "Voter dans le calme" -

Le vote s'effectue selon un système unique au monde, au moyen d'une bille à déposer dans un des trois bidons de couleurs différentes: le vert pour Jammeh, le gris pour Barrow et le violet pour Kandeh.

Un homme d'affaires, Sulayman Jallow, s'est dit impatient d'une alternance, après 22 ans."Cela fait trop longtemps", a-t-il affirmé, ajoutant: "Nous avons été marginalisés, persécutés et torturés".

"Notre président est un type travailleur, un homme bien, il aime tout le monde", a au contraire estimé Modou Job, 36 ans, peintre en bâtiment.

"C'est mon président, il a beaucoup fait pour le développement de ce pays", a jugé Alhaji Momodo Nije, ex-footballeur international, après avoir voté.

Résumant la crainte de violences de nombreux Gambiens, Kaddy Kanu, 30 ans, a affirmé que "l'important, c'est que ce soit une élection pacifique.Nous voulons simplement voter dans le calme et rentrer à la maison".

M. Jammeh a prévenu qu'il ne tolérerait aucune contestation électorale par des manifestations, mais exclusivement devant les tribunaux, assurant qu'aucune fraude n'était possible.

Selon des analystes et l'opposition, c'est la première fois que le pouvoir de M. Jammeh, qui a survécu à de nombreuses tentatives de coup d'Etat, est sérieusement menacé par un scrutin, au terme d'une campagne marquée par l'expression d'un pluralisme inhabituel.

Malgré la répression, la parole se libère depuis des manifestations organisées en avril pour réclamer des réformes politiques, puis pour protester contre la mort en détention d'un opposant, et la condamnation en juillet à trois ans de prison ferme d'une trentaine de participants à ces rassemblements, dont le chef de l'opposition, Ousainou Darboe.

Adama Barrow s'est engagé à respecter scrupuleusement le mémorandum adopté par l'opposition, qui prévoit la mise en place d'un gouvernement de transition pendant trois ans.

En dépit des accusations des ONG et certaines chancelleries qui dénoncent des disparitions forcées et le harcèlement de la presse et des défenseurs des droits de l'Homme sous son régime, Yahya Jammeh compte de nombreux partisans.

Beaucoup de Gambiens portent à son crédit la stabilité du pays et certains progrès, notamment en matière d'éducation et de santé.Mais de nombreux autres fuient la pauvreté et la répression.