Présidentielle en Mauritanie: le dauphin du sortant face à cinq opposants

20 juin 2019 à 14h46 par AFP

AFRICA RADIO

Dernier jour de campagne en Mauritanie: la capitale Nouakchott était pavoisée jeudi pour quelques heures encore de tentes électorales, deux jours avant une présidentielle dont le vainqueur aura pour défi de conjuguer développement, progrès en matière de droits humains et sauvegarde de la stabilité.

Le scrutin de samedi doit marquer la première transition entre un président sortant et son successeur élu dans ce vaste pays désertique d'Afrique de l'Ouest.Mais les cinq adversaires du candidat du pouvoir, l'ex-général Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed, dit Ould Ghazouani, dénoncent des risques de fraude.

Au pouvoir depuis plus de dix ans, Mohamed Ould Abdel Aziz a assuré la stabilité de ce pays de 4,5 millions d'habitants frappé dans les années 2000 par des attentats jihadistes et les enlèvements d'étrangers en menant une politique volontariste: remise sur pied de l'armée, surveillance accrue du territoire et développement des zones reculées.

Pour lui succéder au terme de ses deux mandats autorisés par la Constitution, le pouvoir a choisi comme candidat son compagnon de toujours, qui a été chef d'état-major pendant dix ans, puis quelques mois ministre de la Défense.

Face à celui qui apparaît comme le favori, y compris dans des sondages parcellaires, c'est l'ancien chef de gouvernement de transition (2005-2007) Sidi Mohamed Ould Boubacar qui semble avoir le plus de chances de le contraindre à un second tour, le 6 juillet.

M. Ould Boubacar, qui se présente comme un "candidat indépendant", bénéficie du soutien d'une large coalition comprenant le parti islamiste Tewassoul, principale formation d'opposition, ainsi que du puissant et richissime homme d'affaires Mohamed Ould Bouamatou.

M. Ould Ghazouani a promis de "ne laisser personne au bord de la route" et son équipe de campagne considère le succès populaire de ses meetings comme "un plébiscite".

Mais M. Ould Boubacar a affirmé jeudi dans un entretien à l'AFP que le pouvoir exerçait des pressions sur les électeurs et les fonctionnaires pour assurer l'affluence aux meetings de son candidat.

"La majorité des Mauritaniens a envie de tourner la page de ces 10 dernières années", a-t-il assuré, mettant en garde contre les risques de fraude.

- Putschs et coups d'Etat -

Mais Hafed Med Lemine, un partisan d'un autre candidat de l'opposition, Mohamed Ould Moloud, a fait état mercredi soir à l'AFP lors d'un meeting de "messages qui prouvent bien qu'une grande partie de ces gens sous pression voteront pour Mohamed Ould Moloud" malgré tout.

Les candidats de l'opposition ont renouvelé pendant la campagne leur engagement à se soutenir en cas de second tour face à M. Ould Ghazouani.

Le pays a été secoué par de nombreux coups d'Etat de 1978 à 2008, date du putsch de M. Ould Abdel Aziz, qui était alors général.Il s'est ensuite fait élire en 2009, puis réélire en 2014 lors d'un scrutin boycotté par les principaux partis d'opposition.

De nouveau candidat comme en 2014, le militant antiesclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid se targue dans ses réunions électorales d'être le seul candidat à avoir connu la prison "au service de son peuple".

Les critiques du pouvoir se focalisent sur les droits de l'homme, dans une société marquée par des inégalités ainsi que des disparités entre communautés arabo-berbère, haratine (descendants d'esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d'ethnies subsahariennes.

Amnesty International et une trentaine d'ONG ont ainsi appelé le 3 juin les six candidats à signer un manifeste contenant 12 engagements, notamment de lutter contre l'esclavage et les violences faites aux femmes.

Les prétendants ont promis une amélioration des conditions de vie, alors que la croissance économique, de 3,6% en 2018, continue sa reprise progressive tout en restant insuffisante par rapport à la croissance démographique, selon un rapport de la Banque mondiale (BM) publié en mai.

La BM salue le rétablissement de la "stabilité macroéconomique", avec des projections de croissance annuelle de 6,2% en moyenne sur la période 2019-2021.Mais elle appelle à lever les obstacles au développement du secteur privé, citant en premier lieu les difficultés d'"accès au crédit" et "la corruption".