Présidentielle en Zambie: soupçons de fraude et violences dans un bidonville

Par La rédaction

LUSAKA (AFP) - (AFP)

De violents incidents ont éclaté mardi matin dans plusieurs bidonvilles de Lusaka en marge de l'élection présidentielle en Zambie, des jeunes laissant éclater leur colère après des soupçons de fraude électorale et des retards dans les opérations de vote.

Un calme précaire semblait revenu vers 15h30 (13h30 GMT) après la tenue d'une réunion au commissariat avec des représentants de la Commission électorale.

A Kanyama, un faubourg déshérité parmi les plus peuplés de la capitale, un homme transportant des bulletins de vote a été violemment battu par des militants de l'opposition avant d'être traîné jusqu'à un poste de police.

L'incident a provoqué un début d'émeute, et des militants du Front patriotique, le parti du candidat d'opposition Michael Sata, ont déchiré des affiches du président Rupiah Banda, candidat à sa propre succession, lancé des pierres sur la police et bloqué des routes.

 "Nous voulons que ça change, nous voulons que ça change", hurlaient les riverains, persuadés d'avoir vu des bulletins de vote déjà cochés.

Selon eux, la foule s'en est prise aux employés transportant le matériel de vote sur un malentendu, en pensant qu'ils allaient bourrer les urnes.

"Ces élections c'est le bordel.Tout ce qu'on veut c'est le changement.Que ça change, c'est tout", continuait néanmoins de protester Innocent, 21 ans.

Dans le bidonville de Lilanda, en dehors de la capitale, des électeurs énervés par les retards ont fracassé les vitres d'une école servant de bureau de vote, et caillassé des voitures de la Commission électorale.

Plus de cinq millions de Zambiens sont appelés aux urnes ce mardi pour choisir leur président et leurs députés.

Sata, l'adversaire le plus redoutable du président sortant, avait mis en garde dès les premières heures du scrutin contre les tentatives de tricheries des partisans de Rupiah Banda.

"Si les choses sont libres et honnêtes, nous sommes très confiants", avait dit M. Sata en déposant son bulletin dans l'urne à Lusaka peu après l'ouverture des bureaux de vote, à 6H00 du matin (04h00 GMT)."Mais pour l'instant, avec les comportements que nous observons, ça devient difficile.Des urnes sans couvercle, des bulletins sans numéro de série..."

L'Union européenne a déployé près de 120 observateurs pour contrôler ces élections.

M. Sata, qui a 74 ans tout comme le président Banda, avait déjà crié à la fraude à la dernière élection présidentielle en 2008, perdue de peu.Ses partisans avaient provoqué des violences dans les jours suivants.

L'élection avait été provoquée par le décès brutal du président Levy Mwanawasa et, selon la Constitution, Banda avait été élu pour trois ans pour terminer le quinquennat en cours.

Le vainqueur de ce scrutin à un seul tour dirigera pendant cinq ans ce petit pays à la croissance économique spectaculaire (7,6% en 2010 selon le FMI), poussée par l'envolée des cours du cuivre, sa principale ressource minière.

Banda, candidat à sa propre succession, a fait campagne sur son bilan, estimant que l'enrichissement du pays grâce au cuivre donnait des perspectives optimistes de croissance et de développement.

Sata lui reproche d'avoir laissé les investisseurs étrangers faire main basse sur cette richesse, privant la population des fruits de cette croissance.Il promet de lutter en priorité contre la pauvreté en assurant une meilleure redistribution de ces revenus.Officiellement, 64% des 12,9 millions de Zambiens vivent avec moins de deux dollars par jour.

Le Front Patriotique de M. Sata promet également de s'attaquer à la corruption face au laisser-aller de M. Banda.Les analystes prédisent un résultat très serré.

"C'est un jour extrêmement important où la Zambie doit montrer qu'elle est capable de s'organiser elle-même dans la dignité", a commenté en votant l'ancien président Kenneth Kaunda, 87 ans, à la tête de la Zambie de 1964 à 1991.