Présidentielle sans suspense au Rwanda, Kagame très grand favori

Par La rédaction

KIGALI (AFP)

 Les Rwandais ont voté lundi pour une élection présidentielle sans surprise que le chef de l'Etat sortant Paul Kagame, au pouvoir depuis le génocide de 1994 et sans véritable opposition, est assuré de remporter.

Dans l'ordre et la discipline, les Rwandais se sont pressés dès l'aube devant les 15.507 bureaux de vote du pays, à Kigali comme en province.

La mobilisation des 5,2 millions d'électeurs a été "très impressionnante" et aucun incident n'a été signalé, selon la Commission électorale (NEC).

"Je suis très satisfait, tout s'est bien passé", a déclaré à l'AFP Chrysologue Karangwa, le président de la NEC.

Comme prévu, les bureaux ont fermé aux environs de 15H00 (13H00 GMT).A Kigali, le dépouillement a immédiatement débuté et les premières tendances auguraient d'ores-et-déjà une victoire écrasante du président Kagame.

 Les premières estimations sont attendues mardi vers 1H00 locales sur environ 75% des bulletins, selon M. Karangwa.Le gouvernement a par ailleurs annoncé que mardi sera jour férié.

"C'est un moment très important pour le peuple et le Rwanda.L'élection se déroule de façon très démocratique", a jugé le chef de l'Etat, après avoir voté à la mi-journée à Kigali dans une école primaire proche de la présidence.

"Les résultats parleront d'eux-mêmes", a-t-il commenté, tout en se félicitant de la "sécurité excellente" entourant le scrutin.

En prévision de son triomphe annoncé, le FPR a invité les Rwandais à se rassembler le soir-même au grand stade "Amahoro" de la capitale, pour une "veillée" des résultats avec "boissons et repas gratuits".

En milieu de soirée, le stade de 25.000 places était presque plein, avec podium, sono tonitruante et immense écran géant diffusant des images de la campagne et du vote.Paul Kagame est annoncé sur place dans la nuit.

 Sans rival ni opposition, M. Kagame, 52 ans, est assuré de l'emporter.

Il préside aux destinées de ce petit pays d'Afrique centrale depuis qu'il a mis un terme au génocide des Tutsi en juillet 1994 et sollicite un nouveau mandat de sept ans après son élection triomphale en 2003 avec 95% des voix.

Pour cette deuxième présidentielle depuis les massacres, le président du Front patriotique rwandais (FPR), l'ex-rébellion tutsi qui contrôle tous les échelons de la vie politique, affronte trois candidats qui l'avaient soutenu en 2003.

Trois partis récemment apparus, dont deux non reconnus par les autorités, sont de facto exclus du vote.Ils ont dénoncé une "farce électorale" et qualifié en substance les trois rivaux de M. Kagame de candidats fantoches.

Ces derniers ont à tour de rôle clamé leur indépendance et justifié la similitude de leurs programmes avec ceux du FPR au nom d'une démocratie apaisée.

 Au cours de la campagne, le candidat Kagame, sous les couleurs rouge-blanc-bleu du FPR, a mobilisé des centaines de milliers de partisans, mettant en avant les incontestables progrès du Rwanda depuis 16 ans, et promettant de "poursuivre la bataille pour le développement, la paix et l'unité" du pays.

Fidèle à son habitude, l'ex-chef de guerre a balayé avec mépris les critiques des "étrangers" sur son bilan en matière de liberté d'expression et d'opinion.

De nets signes de tension sont cependant apparus dans les mois précédent le scrutin, avec une vague d'attaques à la grenade en février-mai à Kigali, des fractures au sein de l'élite tutsi anglophone du FPR, ainsi qu'"une répression politique croissante (de l'opposition) et un étranglement de la liberté d'expression", selon l'organisation Human Rights Watch (HRW).

"D'une certaine façon, le bon déroulement du scrutin n'est pas une surprise: aucun des challengers de Kagame ne constituaient une menace, et les véritables opposants ont été empêchés de se présenter", a commenté à l'AFP Carina Tertsakian, chercheuse de HRW dont le visa n'a pas été renouvelé en avril dernier.