Pressions internationales pour éviter une nouvelle guerre entre les Soudans

Par La rédaction

HEGLIG (Soudan) (AFP) - (AFP)

La communauté internationale exhortait les deux Soudans à ne pas se laisser entraîner dans un nouveau conflit, tandis que Khartoum a envoyé mercredi un ministre dans la zone pétrolière de Heglig, pour démontrer l'avoir reprise militairement au Soudan du Sud.

Deux chars calcinés, trois cadavres gisant au sol témoignaient encore de l'ampleur des combats pour le contrôle de Heglig, une ville située dans le Soudan mais revendiquée par le Soudan du Sud, à 15 km de la frontière, a constaté un journaliste de l'AFP.

Juba avait annoncé lundi avoir conquis Heglig, et Khartoum avait assuré le lendemain l'avoir repris, dans une inquiétante escalade militaire entre les deux voisins, qu'une guerre civile a opposés pendant plus de vingt ans avant des accords de paix en 2005 et la proclamation d'indépendance du Soudan du Sud en juillet dernier.

"Heglig et sa région sont complètement sécurisées", a affirmé le commandant de la zone, Bashir Meki, au ministre soudanais du Pétrole Awad Ahmed al-Jaz, accompagné notamment par un journaliste de l'AFP, alors que de la fumée s'élevait d'une maison endommagée par les combats des deux jours précédents.

De son côté, l'aviation soudanaise a lancé dans la nuit de mardi à mercredi un nouveau raid contre l'Etat frontalier d'Unité, en territoire sud-soudanais, le troisième en autant de jours, a indiqué mercredi à l'AFP le ministre de l'Information d'Unité, Gideon Gatpan.

Aucun combat au sol n'a en revanche eu lieu mercredi matin autour de la zone frontalière, contrairement aux deux jours précédents, a précisé M. Gatpan, ajoutant ne pouvoir donner de bilan de ces affrontements, les plus graves depuis l'indépendance proclamée par Juba il y a plus de huit mois.

"Il y a encore des tensions et nos soldats se préparent en cas de nouvel assaut" terrestre des forces soudanaises, a précisé M. Gatpan, joint depuis Juba par téléphone, disant s'attendre à de nouveaux bombardements aériens.

Khartoum a assuré au contraire "qu'il n'allait effectuer aucun bombardement sur le territoire sud-soudanais"."Nous ne sommes pas pour la guerre actuellement, et nous n'allons pas étendre la zone de conflit", a ajouté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Al-Obeid Meruh, interrogé par l'AFP.

La communauté internationale multipliait de son côté les pressions pour arrêter l'escalade.

Appels à retirer les troupes de la frontière

L'Union africaine a appelé mercredi Khartoum et Juba à "retirer leurs forces à 10 km de la frontière" de chaque côté, exhortant également chaque pays à "cesser de soutenir les forces rebelles opérant sur le territoire de l'autre pays".

Auparavant, le Conseil de sécurité des Nations unies avait demandé mardi aux deux voisins de "cesser toute opération militaire dans (leurs) zones frontalières".

Les 15 membres du Conseil se sont déclaré "très inquiets des affrontements militaires (...) qui menacent d'entraîner une reprise du conflit entre les deux pays et aggravent la situation humanitaire".

De son côté, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a estimé que "Khartoum portait le poids de la responsabilité" des affrontements, et que "les bombardements menés par des avions (étaient) la preuve d'un usage disproportionné de la force".

Le président sud-soudanais Salva Kiir avait accusé lundi le Soudan d'avoir attaqué son pays en bombardant des positions et en menant des attaques au sol dans l'Etat d'Unité.

Il avait affirmé que les forces sud-soudanaises avaient contre-attaqué et traversé la frontière pour s'emparer de Heglig.

Le ministère soudanais des Affaires étrangères Al-Obeid Meruh a au contraire assuré avoir simplement répondu à une offensive "à l'arme lourde" contre un champ pétrolier "à l'intérieur du territoire soudanais".

Heglig est exploité par le consortium GNPOC, détenu à 40% par le chinois CNPC.

Lundi soir, le président soudanais Omar el-Béchir a suspendu une visite à Juba, prévue le 3 avril pour un sommet avec Salva Kiir destiné à faire baisser les tensions entre les deux pays et permettre de signer des accords.