Procès du "coup d'Etat" déjoué au Togo: audience sans les avocats de la défense

Par La rédaction

LOME (AFP) - (AFP)

L'audience de mardi dans le procès du présumé coup d'Etat déjoué de 2009 au Togo, dans lequel un frère du président Faure Gnassingbé, Kpatcha Gnassingbé, est le principal suspect, s'est déroulée en l'absence des avocats de la défense qui ont quitté la salle pour protester.

Sept des trente-deux inculpés ont été présentés à la barre et ont tous nié devant la Cour suprême les faits qui leur sont reprochés dans cette affaire de putsch dont les circonstances restent obscures, a constaté un journaliste de l'AFP.

Kpatcha Gnassingbé, 41 ans, ex-ministre de la Défense et l'un des nombreux fils du général Gnassingbé Eyadema qui règna d'une main de fer sur le Togo pendant 38 ans, est accusé d'être le cerveau d'une tentative de coup d'Etat contre Faure Gnassingbé, à la tête du pays depuis la mort de leur père en 2005.

Les six avocats de la défense présents au début de l'audience ont quitté la salle pour protester, affirmant que Kpatcha, qui était député lors de son arrestation, était jugé en dépit de son immunité parlementaire, a expliqué à l'AFP l'un d'entre eux, Me Zeus Ajavon.

"Nous nous sommes retirés pour deux raisons fondamentales.La première raison: on ne peut pas juger un député sans lever son immunité et la deuxième: nous avons demandé un renvoi du procès qui ne nous a pas été accordé", a-t-il dit.

Le procès s'était ouvert le 1er septembre et avait rapidement été ajourné à mardi à la demande de l'un des avocats de la défense qui souhaitait davantage de temps pour examiner le dossier.

Parmi les trente-deux inculpés figurent un autre demi-frère du président, Essolizam Gnassingbé et le général à la retraite Assani Tidjani, ancien chef d'Etat-major des Forces armées togolaises.

Essolizam, appelé à la barre mardi, a fait état de "tensions" au sein de sa famille et affirmé qu'il soupçonnait qu'un coup se préparait, sans pour autant confirmer que son demi-frère Kpatcha avait orchestré une tentative de putsch.

"Je soupçonnais ce projet de coup d'Etat car j'en ai eu vent auprès de Toyi (un frère de Kpatcha, ndlr) et même au cours d'un repas Kpatcha a dit qu'il va s'occuper physiquement de Faure", a-t-il déclaré.

Les inculpés sont poursuivis pour "tentative d'attentat contre la sûreté de l'Etat, groupement de malfaiteurs, rébellion, violences et complicité", et encourent selon des sources judiciaires, la prison à perpétuité.

Parmi les sept suspects appelés à la barre mardi, la plupart ont refusé de s'exprimer en l'absence de leurs avocats, et cinq d'entre eux ont affirmé avoir été torturés au cours de leur détention par l'Agence nationale de renseignement.

"J'ai été torturé.J'ai été traité dans des conditions inhumaines et dégradantes", a déclaré le capitaine Bagoudadi Gnassingbé, l'un des trois cousins du chef de l'Etat à comparaître.

Un raid avait été mené contre le domicile de Kpatcha Gnassingbé à Lomé dans la nuit du 12 au 13 avril 2009 et il avait été arrété le 15 devant l'ambassade américaine, où il tentait de trouver refuge.

Faure Gnassingbé avait ensuite remercié des "pays étrangers et amis" pour avoir prévenu Lomé "de l'imminence" du coup d'Etat.

Soulignant des rivalités etre Faure et Kpatcha, des analystes ont estimé que l'affaire s'apparentait avant tout à des règlements de compte familiaux.

Beaucoup en sont même venus à se demander s'il y avait réellement eu une tentative de coup d'Etat selon ces analystes qui, face à une justice jugée peu indépendante, ont douté que le procès ferait réellement la lumière sur cet épisode.