Quand « Docteur Kahn » se rendait au chevet de l�??Afrique

17 mai 2011 à 13h14 par La rédaction

Derrière ses barreaux de la prison de Rikers Island à New York, Dominique Strauss-Kahn a sûrement dit au revoir à son mandat de directeur général du Fond Monétaire International. Arrivé à la tête du FMI en septembre 2007, l'ancien ministre français de l'économie était pourtant en train de rendre une bonne copie. Parmi les objectifs épinglés sur sa feuille de route : redorer le blason du FMI en Afrique. La tâche n'était pas facile. Perçu comme un gendarme international sans pitié, le FMI était souvent accusé d'affamer les pays africains en difficulté. En quatre ans de mandat, DSK avait plus ou moins réussi à changer cette image détestable. Il a d'abord entrepris la réforme du système de représentation au sein du FMI pour donner plus de poids aux pays du continent noir. « Les pays africains, ce sont un milliard de personnes. Il n'est pas normal qu'ils soient si peu représentés au FMI » expliquait-il à l'époque. DSK avait aussi souligné la nécessité de recruter des experts originaires de ces pays pour mieux comprendre la situation sur place. Ce retour en grâce du FMI dans les c�?urs des africains est également passé par de nombreux déplacements de son directeur général en Afrique. En 2009, le continent est durement touché par la crise économique mondiale. La croissance dans les pays d'Afrique subsaharienne est tombée à environ 1,5% contre 6% auparavant et pour la première fois en vingt ans, le revenu par tête a baissé. Face à ces mauvais chiffres, Dominique Strauss-Kahn organise une conférence internationale à Dar es-Salaam pour remettre l'Afrique sur la voie de la croissance et du développement. Un an après, le directeur général du FMI entreprend une tournée en Afrique du Sud, au Kenya et en Zambie pour évaluer l'efficacité des mesures préconisées aux gouvernements africains. « Je suis convaincu que l'on est plus efficace lorsque les pays s'approprient ce qu'on leur propose. C'est pourquoi j'emploie volontiers la métaphore du docteur » confie DSK. Celui que les Zambiens appellent donc « Docteur Kahn » est aux petits soins avec ses patients africains. Il reconnait les « erreurs passées » du FMI en Afrique, cite l'icône continentale Nelson Mandela, use de ses talents d'orateur et affirme que les Africains ont été des « victimes innocentes » de la crise. Il y a encore peu de temps, DSK affirmait que le FMI avait changé « sa manière de s'adresser à l'Afrique et d'agir avec elle ». Désormais empêtré dans une sombre affaire d'agression sexuelle, « Docteur Kahn » ne pourra probablement plus se rendre au chevet de l'Afrique. Espérons que son successeur poursuivra le même traitement médical avec des patients africains encore convalescents. Benjamin ROGER