RDC: après les violences, le Sénat amende le projet de loi électorale constesté

Par La rédaction

Kinshasa (AFP)

Le Sénat congolais a amendé vendredi le projet de loi électorale à l'origine de violences meurtrières à Kinshasa et dans d'autres villes de la République démocratique du Congo, mais l'opposition a accueilli cette évolution avec prudence.

La Chambre haute a adopté un texte modifiant l'article le plus litigieux du projet.Le texte du Sénat impose un respect des prochaines échéances électorales, alors que le projet du gouvernement, adopté par les députés, ouvrait la possibilité d'un report de la présidentielle, censée avoir lieu fin 2016, ce qui permettrait à Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, de se maintenir à la tête de l'�?tat au-delà de la fin de son mandat.Aujourd'hui, la Constitution lui interdit de se représenter.

Il reste désormais aux députés et aux sénateurs à parvenir à un consensus, faute de quoi ce sera l'Assemblée nationale qui aura le dernier mot.

La commission paritaire s'est réunie dans l'après-midi sans y parvenir.Selon un diplomate, les débats révélé de très fortes dissensions.

La commission doit reprendre ses travaux samedi à 08h00 (07h00 GMT) alors que la session parlementaire extraordinaire s'achève lundi.

Dans certains quartiers du sud de la capitale qui s'étaient enflammés en début de semaine, le vote du Sénat a provoqué des scènes de liesse.

Jeudi soir, l'opposition, divisée, avait appelé à préparer de nouvelles manifestations dans tout le pays contre le pouvoir le 26 janvier.

L'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti de l'opposant historique �?tienne Tshisekedi, a appelé ainsi à manifester "pacifiquement" dans les rues jusqu'à ce que M. Kabila soit contraint de quitter le pouvoir, tandis qu'un collectif réuni autour des deux autres grands partis de l'opposition, l'Union pour la Nation congolaise (UNC) et le Mouvement de libération du Congo (MLC), et de dissidents de l'UDPS, exhortaient les Congolais à manifester en masse "à défaut du rejet" du projet de loi.

 

- Calendrier électoral -

 

Vital Kamerhe, président de l'UNC a néanmoins jugé "satisfaisant" le texte des sénateurs tout en refusant de "crier victoire" du fait de l'incertitude régnant encore sur les résultats de la commission paritaire. 

Le mouvement des opposants a indiqué qu'il déciderait de maintenir ou non son appel à manifester lundi après que seront connus les résultats de la commission paritaire.

Dans l'après-midi, le président de l'Assemblée nationale, Aubin Minaku, les a mis en garde."Il n'y aura pas de Burkina Faso à Kinshasa, arrêtez de rêver.L'opposition n'imposera pas son rythme aux institutions", a-t-il écrit sur son compte Twitter, faisant référence au soulèvement populaire de Ouagadougou ayant conduit fin octobre à la chute du président burkinabè Blaise Compaoré.

De lundi à mercredi, Kinshasa a été le théâtre de violences ayant fait entre 12 et 42 morts selon les sources.Les troubles ont commencé par la répression de manifestations d'opposants à la révision de la loi électorale.

Elles ont vite dégénéré en émeutes et pillages dans plusieurs quartiers populaires de la ville.Le mécontentement s'est aussi exprimé dans les provinces, notamment à Goma, la grande ville de l'est, où un manifestant a été tué jeudi.

A Kinshasa, bouillante capitale de 10 millions d'habitants, la vie a repris des droits vendredi même si la plupart des écoles sont restées encore fermées.Les services d'internet mobiles restaient coupés dans l'ensemble du pays.

Après les appels au calme de la communauté internationale, le Haut-Commissariat de l'ONU pour les droits de l'Homme s'est alarmé vendredi "de l'usage apparemment excessif de la force dont ont fait preuve les forces de l'ordre" pour réprimer la contestation.

"Avant que ces protestations ne dégénèrent davantage, le gouvernement devrait revoir cette loi et dissocier les élections du recensement comme cela a été voté aujourd'hui par le Sénat", a conseillé le cercle de réflexion International Crisis Group (ICG).

La RDC, un des pays les moins développés au monde, traverse une grave crise politique depuis les élections législatives et présidentielle de 2011, remportées par M. Kabila et sa majorité, mais entachées d'irrégularités massives.

Pour M. Kamerhe et ses alliés, le prochain combat sera d'obtenir la publication d'un "calendrier électoral global", c'est-à-dire prévoyant les dates précises de tous les scrutins en retard (élections locales, provinciales et sénatoriales, toutes annoncées pour 2015) ainsi que celles de la présidentielle et des législatives de fin 2016.

La communauté internationale réclame cet échéancier depuis des mois afin de déterminer le soutien financier qu'elle pourrait éventuellement apporter à l'organisation des futures élections.