RDC: dix morts dans un nouveau massacre attribué aux ADF à Beni

1er juillet 2021 à 17h47 par AFP

AFRICA RADIO

La mort, dans un nouveau massacre attribué au groupe armé des Forces démocratiques alliées (ADF), de dix personnes à Beni, dans l'est de la République démocratique du Congo, a provoqué jeudi la colère des habitants contre l'incapacité des autorités à protéger la ville, en dépit de l'instauration début mai de l'état de siège par le président Félix Tshisekedi.


Les ADF sont affiliés aux jihadistes de l'État islamique, selon les États-Unis.

"Cette nuit, il y a eu attaque des ennemis ADF, on a perdu une dizaine de civils", a déclaré à l'AFP le lieutenant Anthony Mualushayi, porte-parole de l'armée dans la région. Un correspondant de l'AFP a vu les corps des dix victimes à la morgue de l'hôpital général de Beni, dans la province du Nord-Kivu.

Des habitants étaient en état de choc dans le quartier Rwangoma dans le sud-est de la ville où l'attaque s'est produite.Des jeunes en colère ont notamment défilé avec le corps d'une des victimes dans la ville, scandant des slogans hostiles aux Forces armées de la RDC (FARDC) et aux autorités.

"FARDC = ADF", "État de siège = zéro" résultat, ont crié ces manifestants, avant d'être dispersés par la police à coups de gaz lacrymogène, a constaté le correspondant de l'AFP.Six d'entre eux ont été interpellés par la police.

"Nous pensions que c'était le bout du tunnel avec l'état de siège.Mais, après 18 mois sans attaque des ADF dans notre quartier, ce carnage est un retour à la case de départ.C'est très désespérant", a réagi auprès de l'AFP Samuel Kalume, un habitant de Rwangoma.

- Rues vides -

"Ont-ils décrété le couvre-feu en plus de l'état d'urgence pour donner lieu à des massacres dans Beni?", s'est emporté Gaby Muhindo, un autre riverain.

Les Forces armées de la RDC "viennent de neutraliser cinq ADF, responsables de l'attaque du quartier Rwangoma" à Beni, a indiqué l'armée dans un communiqué parvenu à l'AFP dans la soirée.

Cinq armes ont été récupérées, a-t-elle ajouté."Les FARDC continuent la traque de ces terroristes dans le Parc national des Virunga", a assuré l'armée.

Durant la journée de jeudi, les commerces, les écoles ou autres pharmacies sont demeurés fermés.Les rues étaient quasiment vides, les habitants de Beni préférant rester dans leurs maisons.

La dernière attaque des ADF dans le quartier populaire de Rwangoma, situé dans le sud-est de Beni, remontait à décembre 2019.Une douzaine de personnes avait alors été tuées, dont deux militaires.En août 2016, ce sont une cinquantaine de personnes qui avaient péri dans une attaque.

L'état de siège, en vigueur dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, a pour objectif de mettre un terme aux activités des groupes armés qui terrorisent quotidiennement les civils dans ces deux provinces de l'est du pays.

- Revendication par l'EI -

La partie orientale de la RDC est en proie à la violence depuis près de 25 ans.Pas moins de 122 groupes armés de tailles diverses y ont été recensés, d'après le Baromètre sécuritaire de Kivu (KST).Les ADF sont le plus meurtrier de tous. 

A l'origine des rebelles musulmans ougandais, les ADF ont fait souche depuis plus de 25 ans dans cette partie de l'Est de la RDC, dans la province du Nord-Kivu, d'où ils n'attaquent plus depuis longtemps l'Ouganda voisin.

Beni et ses environs sont la cible depuis 2013 de ce groupe, responsable d'une série de massacres qui a fait au moins 6.000 morts, d'après un décompte de l'épiscopat congolais.

Le week-end dernier, la ville de Beni avait été secouée par des explosion de bombe artisanale, qui avaient notamment fait deux blessées dans une église catholique.Le porteur d'une bombe, de nationalité ougandaise selon les enquêteurs, a aussi été tué dans l'explosion de son engin, à proximité d'un bar.

Le groupe ADF, qui terrorise la population par ses massacres et ses décapitations, ne revendique jamais ses attaques.Mais l'EI a revendiqué mardi les attentats du week-end.

Le 11 mars, les États-Unis ont placé les ADF parmi les "groupes terroristes" affiliés au groupe État islamique (EI).De nombreuses questions se posent depuis lors sur la réalité et la profondeur de leurs liens supposés avec l'EI, qui a revendiqué, depuis 2019, images à l'appui, certaines des attaques attribuées aux ADF.