RDC: l'armée lance une offensive contre les rebelles rwandais, sans l'ONU

Par La rédaction

Beni (RD Congo) (AFP)

Après plusieurs semaines de pressions internationales, l'armée congolaise a annoncé jeudi le lancement d'une offensive contre les rebelles hutu rwandais dans l'est de la République démocratique du Congo, mais sans la participation attendue des Casques bleus.

Rien ne permettait cependant d'affirmer jeudi soir que les opérations militaires contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) avaient commencé sur le terrain.A l'ONU, la France a déclaré attendre "plus que jamais des autorités de RDC (...) qu'elles engagent des opérations contre ce groupe armé". 

L'offensive annoncée "est une opération des FARDC", a déclaré le chef d'état-major congolais, le général d'armée Denis Etumba.Il s'exprimait à Beni, dans le nord du Nord-Kivu, province de l'est du pays déchirée par les conflits armés depuis plus de 20 ans.

La Mission de l'ONU en RDC (Monusco) a confirmé ne pas être partie prenante dans cette opération, attendue depuis la fin d'un ultimatum lancé, en vain, aux FDLR pour qu'elles se rendent avant le 2 janvier.

Les FDLR compteraient aujourd'hui 1.500 à 2.000 combattants disséminés dans les montagnes boisées de l'est congolais, frontalier du Rwanda et du Burundi.Plusieurs chefs de la milice sont accusés d'avoir participé au génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda et sont recherchés par la justice internationale et par Kigali.

Bien qu'étant l'ombre de ce qu'elles étaient encore il y a six ans, les FDLR sont toujours considérées par Kigali comme "la menace la plus grave" pour la paix régionale.Kinshasa suspecte son voisin rwandais de ne pas souhaiter voir disparaître cette menace et de s'en servir comme prétexte pour intervenir en territoire congolais.

En retour, les autorités congolaises sont soupçonnées de rechigner à désarmer complètement des combattants qui ont pu parfois prêter main forte aux FARDC pour lutter contre des rébellions soutenues par le Rwanda.

Interrogées par l'AFP à Kigali, les autorités rwandaises n'ont pas souhaité réagir à l'annonce de l'armée congolaise.

 

- 'Un show' -

 

Le président congolais Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, était sous forte pression internationale depuis plusieurs semaines pour donner son feu vert à un plan d'opération conjoint contre les FDLR établi par les FARDC et la Monusco.Il a préféré donner aux troupes l'ordre de lancer seules l'opération.

Le chef de la Monusco, Martin Kobler, a déclaré avoir assuré le général Etumba du "plein soutien de la Monusco". 

Mais un haut fonctionnaire de l'ONU a fait part de sérieux doutes sur l'opération annoncée.

"L'opération n'est pas mûre.Pour une opération de dimension suffisante, il faut une préparation correcte.(...) Le soutien technique, logistique de la Monusco a toujours fait la différence jusqu'ici", a-t-il jugé.

Après la chute du Mouvement du 23 Mars (M23), milice à dominante tutsi soutenue par Kigali et Kampala, vaincue par les FARDC avec le soutien de la Monusco en novembre 2013, Kinshasa avait annoncé que les FDLR seraient la prochaine cible de l'armée congolaise.

Mais, contre l'avis de la Monusco, les FARDC ont lancé une offensive contre des rebelles ougandais dans la région de Beni.Celle-ci s'est assez vite enlisée jusqu'à ce que la mission onusienne lui apporte son soutien.

Pour un diplomate à Kinshasa, l'annonce de l'opération à la veille d'un sommet de l'Union africaine à Addis Abeba - où la question de la stabilisation de l'est de la RDC sera abordée - n'est pas neutre.

"Cela permet aux Congolais de dire: +regardez, nous faisons quelque chose+, et accessoirement cela détourne l'attention de ce qui s'est passé à Kinshasa la semaine dernière", dit-il.Une allusion aux violences meurtrières provoquées par une réforme électorale controversée et toujours susceptible, dans sa version votée dimanche, d'entraîner un report de la présidentielle prévue pour 2016.

"Ce n'est pas une offensive, c'est un show qu'on va nous faire, et qui n'aura rien à voir avec ce qui était prévu", prédit un observateur militaire.

Les membres les plus anciens des FDLR sont présents en RDC depuis 1994 et la prise du pouvoir à Kigali par l'actuel président Paul Kagame, qui mit fin au génocide.La milice est régulièrement accusée de pillages et d'atrocités et de se livrer à de juteux trafics (or, charbon de bois...) avec la complicité de certains officiers congolais.