RDC: l'offensive continue contre les derniers bastions du M23

2 novembre 2013 à 15h57 par La rédaction


Kiwanja (RD Congo) (AFP)

L'armée congolaise poursuivait samedi son offensive contre les derniers bastions du M23 dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC) alors que le dialogue en vue d'un accord entre les deux parties progressait à Kampala.

A la mi-journée, une équipe de journalistes de l'AFP qui voulait s'approcher du théâtre des opérations s'est vu interdire par l'armée de se rendre à Bunagana, à 80 km au nord de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, et a dû se replier à Kiwanja, à une vingtaine de kilomètres.

Mise en déroute par l'offensive lancée le 25 octobre par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), la rébellion ne contrôle plus depuis mercredi que quelques collines proches de son ancien fief politique, Bunagana, à la frontière avec l'Ouganda.

Les irréductibles du M23, dont le nombre est estimé entre deux cents et trois cents combattants, sont retranchés à près de 2.000 mètres d'altitude sur les hauteurs verdoyantes de Mbuzi, Runyonyi et Chanzu.

Joint par téléphone vers 14H45 (12H45 GMT), l'administrateur (maire) de Bunagana a indiqué que des "détonations partant des positions des FARDC près de Chanzu" avaient été entendues à partir de 10H00 (08H00 GMT), mais qu'elles avaient cessé vers 14h15-14h30.A Jomba, localité proche de Bunagana et des trois collines, un habitant a confirmé avoir entendu cette canonnade.

Plus tôt, le général Lucien Bahuma, commandant de la 8e région militaire congolaise, qui couvre le Nord-Kivu, avait indiqué : "L'offensive continue, nous n'avons pas arrêté".

Des munitions du M23 "juste à côté de l'hôpital"

La veille, le front avait été relativement calme, et le lieutenant-colonel Olivier Amuli, porte-parole de l'armée pour le Nord-Kivu, avait indiqué que le gouvernement donnait "une dernière chance à tous les combattants du M23 de se rendre" et d'éviter une offensive finale.

Le M23 est né d'une mutinerie, en avril 2012, d'anciens rebelles, essentiellement tutsi, intégrés dans l'armée en 2009 après un accord de paix.L'ONU et Kinshasa accusent régulièrement l'Ouganda et le Rwanda de le soutenir, ce que réfutent Kigali et Kampala.

La rébellion est une des nombreuses milices qui pullulent au Nord-Kivu, province riche en ressources minières convoitées et déchirée par la guerre depuis vingt ans.

La position la plus importante encore aux mains du M23 est celle de Chanzu où, selon un expert européen du Nord-Kivu, les rebelles "ont stocké d'importantes quantités d'armes depuis longtemps".

Les combattants sont "déterminés", a indiqué cet expert à l'AFP, et la tâche des FARDC se trouve compliquée par le fait que le dépôt d'armes et de munitions du M23 "est juste à côté de l'hôpital".

Dans sa traque de la rébellion, l'armée peut compter sur l'aide de la Mission de l'ONU pour la stabilisation du Congo (Monusco) qui ne participe pas directement aux combats mais lui apporte un soutien en matière de logistique et de renseignement et a déployé ses Casques bleus dans les zones reconquises pour assurer la protection des civils.

Pendant que les armes parlent, les négociations entre les deux belligérants progressent.Le ministre des Affaires étrangères de la RDC, Raymond Tshibanda, est retourné samedi à Kampala, où Kinshasa et les rebelles dialoguent tant bien que mal depuis décembre.

Son arrivée dans la capitale ougandaise est le signe que les discussions progressent.Vendredi, le gouvernement congolais avait affirmé ne pas se sentir "grisé" par ses succès militaires et que la politique et la diplomatie lui semblaient être "seules à même de garantir une paix durable".

Joint par téléphone samedi, le chef adjoint de la délégation du M23 à Kampala, Roger Lumbala, a déclaré à l'AFP qu'"il restait un dernier point important [à négocier] concernant l'amnistie" que demandent les rebelles.

Selon lui, la signature d'un accord "pourrait intervenir dans la journée", sinon "la semaine prochaine" compte tenu de l'agenda du ministre de la Défense ougandais, Crispus Kyonga, chef de la médiation entre les deux parties.