RDC : la télévision d'Etat RTNC, victime collatérale du volcan Nyiragongo

Par AFP

AFRICA RADIO

L'éruption du volcan Nyiragongo, dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), a fait une victime collatérale inattendue: la radio-télévision publique, la RTNC, sérieusement mise en cause, y compris par son ministre de tutelle, pour sa couverture plutôt distancée des évènements.

Surplombant la ville de Goma, le volcan Nyiragongo est entré en éruption samedi soir, prenant tout le monde de cours et forçant les autorités à ordonner l'évacuation de la ville menacée par la lave. Pendant que les premières images de la lave bouillante étaient largement partagées sur les réseaux sociaux et que les chaînes d'informations étrangères traitaient l'information en boucle, la RTNC a continué toute la soirée ses émissions comme si de rien n'était, sur sa chaine nationale ainsi que sur son décrochage régional à Kinshasa.La RTNC (nationale) diffusait en boucle la chanson de "l'Union sacrée de la Nation", hymne à la gloire du président Félix Tshisekedi, entrecoupée de publicités, tandis que la RTNC2 (Kinshasa) discourait longuement "des avantages du sexe", titre d'une émission sur la santé.Les réactions ont fusé dès le début de soirée sur les réseaux sociaux, sur un ton unanimement offusqué: "La RTNC aux abonnés absents"; "ça brûle à Goma, voilà ce que la RTNC nous montre à la télévision nationale!"; "Le volcan est en feu à Goma. La RTNC diffuse la chanson de l'Union sacrée, La RTNC2 diffuse une émission sur comment agrandir le pénis!"; "#France24 parle de l'éruption du volcan à Goma mais la #Rtnc parle sur les avantages du sexe"; ou encore "La RTNC eux ils connaissent le sexe du volcan!".Le tollé a largement dépassé les réseaux sociaux, jusqu'à susciter la réaction du ministre de tutelle de la RTNC et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya."Nous avons été sous le choc de voir que les médias publics n'ont pas donné l'espace qu'il fallait à ce qui se passait à Goma", a commenté M. Muyaya dimanche soir en conférence de presse, en réponse à une question sur le sujet."Nous allons tirer les conséquences qui s'imposent", a-t-il assuré. "La RTNC devra se moderniser" en tenant compte de l'évolution technologique et du développement des réseaux sociaux pour être en mesure de communiquer et de bien communiquer".La RTNC, qui compte près de 8.000 agents dans tout le pays, fait régulièrement l'objet de critiques pour sa couverture minimaliste des multiples crises politico-militaires, drames et catastrophes qui ont secoué la RDC ces trois dernières décennies.Du maréchal Mobutu Sese Seko à Joseph Kabila, en passant par Laurent-Désiré Kabila ou encore aujourd'hui sous Félix Tshisekedi, la radio-télévision publique est d'abord un instrument au service des différents régimes qui se sont succédés en RDC (ex-Zaïre).Il n'est pas rare d'entendre des Congolais dire qu'ils ne suivent pas cette chaîne publique, où le contenu du journal est généralement dominé par les activités organisées par des acteurs proches du pouvoir.