RDC: les avocats d'un candidat dénoncent une "parodie de justice"

Par La rédaction

KINSHASA (AFP) - (AFP)

Les avocats du candidat à la présidentielle en République démocratique du Congo (RDC) Vital Kamerhe, qui demande l'annulation du scrutin pour fraudes, ont dénoncé jeudi "une parodie de justice" et ont quitté l'audience de la Cour suprême de justice (CSJ), a constaté l'AFP.

Les avocats de l'ex-président de l'Assemblée nationale congolaise ont accusé la CSJ de n'avoir pas transmis aux autres candidats leur requête en annulation du scrutin.

"Nous constatons qu'il n'y a pas une volonté de respecter la loi et (...) les avocats ne sont pas prêts à assister à une parodie de justice", a déclaré Me Jean-Joseph Mukendi avant de quitter la Cour avec ses collègues.

M. Kamerhe, arrivé 3e du scrutin (7,54%), a dénoncé des irrégularités lors de l'élection et demande l'annulation des résultats provisoires de la Commission électorale (Céni) qui a donné la victoire au président sortant Joseph Kabila (48,95 %) devant l'opposant Etienne Tshisekedi (32,33 %).Ce dernier a rejeté ce résultat et s'est autoproclamé "président élu" de la RDC.

La Cour doit rendre son arrêt vendredi et proclamer samedi les résultats définitifs du scrutin.

A l'ouverture de l'audience vers 13H00 (12H00 GMT), avec 4 heures de retard, le président de la CSJ, Théodore Tuka, a d'emblée suscité la colère de la vingtaine d'avocats représentant le candidat Kamerhe, alors absent.

Le magistrat exigeait la présence de ce dernier et reformulait la requête du plaignant en estimant qu'elle visait non seulement la Céni mais aussi le candidat Kabila.

Vital Kamerhe est apparu dans la salle sous les applaudissements de ses partisans.

Dans sa requête, dont l'AFP a obtenu copie, l'ancien proche de Kabila entré dans l'opposition en 2010, dénonce des "violations intentionnelles" de la loi électorale par la Céni, notamment le non respect du délai d'affichage des listes d'électeurs et de publication de la cartographie des bureaux de vote.

Les listes d'électeurs pour chacun des 64.000 bureaux devaient être affichées 30 jours avant le scrutin, or elles ne l'ont été que 48h avant.

Il dénonce également "la circulation illégale et irrégulière de bulletins de vote avant" le scrutin, et d'autres "déjà cochés en faveur du candidat Numéro 3" Kabila le jour du vote.

Les résultats "manquent de sincérité", ajoute-t-il en citant des bureaux où Kabila a obtenu 100% des voix, les 3,2 millions d'électeurs qui ont voté par dérogation car absents des listes, et des différences entre des résultats de la Céni et ceux publiés dans les bureaux.

Le président a suspendu l'audience vers 14H30, puis le débat a repris peu après sur les mêmes points, jusqu'au départ des avocats.

"Nous étions venus tester le peu de crédibilité qui restait à la cour suprême de justice", a regretté Vital Kamerhe après l'audience.

La CSJ est critiquée par les opposants pour son manque d'indépendance.M. Tshisekedi l'a qualifiée "d'institution privée de Kabila".

Jeudi, la France a demandé que le recours de M. Kamerhe soit "examiné avec impartialité et sérénité", relevant, comme les Etats-Unis, les "graves irrégularités" ayant entouré le scrutin.